Incidences – Philippe Djian

Quatrième de couverture :

Une Fiat 500. Au volant, Marc. A côté de lui, sa plus jolie étudiante. C’est la nuit, ils foncent chez lui finir la soirée en beauté.
Au petit matin, son goût prononcé pour les jeunes élèves de son cours d’écriture va soudain lui passer.
À cause des routes de montagne ? Du néo-conservatisme ambiant ? Des crises de sa sœur ? Ou plutôt du charme des femmes mariées ? Marc ne saurait dire. Du moins, pour le moment…

L’histoire :

Marc, la cinquantaine, écrivain raté et professeur d’université a pour habitude de recruter ses conquêtes féminines parmi ses jeunes étudiantes. Mais un jour, à son réveil, il découvre que Barbara, la dernière en date, est morte pendant son sommeil et surtout, dans son lit. Plutôt que de prendre le risque de voir sa carrière réduite à néant, il prend le parti de faire disparaître lui-même le corps.

Les jours suivants, apparaît Myriam, la mère de Barbara. Marc découvre alors qu’il peut être séduit par une femme mûre, au grand désarroi de sa sœur, avec laquelle il vit depuis toujours une relation très particulière.

Mon avis :

Je n’avais pas lu Djian depuis des lustres, et j’ai été totalement absorbée par ce livre très noir. Il nous entraîne avec Incidences dans une véritable descente aux enfers de son héros. Rien n’est jamais évident dans ce roman au style limpide et efficace. On y retrouve également une satire de la société actuelle avec un héros qui fait l’apologie de la cigarette quand celle-ci est réprimée de partout, ne se gêne pas pour dénoncer le néo-conservatisme ambiant et étrille la médiocrité de la littérature française.

Roman noir écrit sur le ton de la comédie, il prend le lecteur pour l’emmener au fond d’abîmes vertigineux à un rythme effréné, avec des personnages torturés comme les aime Djian. Il fait partie, à mon avis, de ces livres qui ne laissent pas indifférents, soit on adore, soit on déteste, il ne saurait y avoir de demi-mesure. Pour ma part, j’ai adoré.

Extrait :

« Il avait compris, bien des années plus tôt, qu’il était temps pour lui de profiter de certains avantages inhérents à la profession — à défaut d’obtenir de plus hautes récompenses qu’il ne fallait plus espérer. Un beau matin, par un étrange phénomène, l’une de ses élèves s’était mise à briller sous ses yeux — de l’intérieur, tel un lampion, d’une lueur magnifique —, une fille absolument infichue d’écrire deux lignes, au demeurant, pratiquement dénuée d’intérêt, d’ordinaire si fade, mais il s’était soudain senti aveuglé et frappé d’un souffle brûlant tandis qu’il raillait un peu férocement devant les autres un travail qu’elle avait rendu. Et cette fille s’était révélée la première d’une assez longue série et l’une des plus agréables partenaires sexuelles rencontrées au cours de son existence.
Celle qui l’accompagnait ce soir-là, et dont le nom lui échappait, venait de s’inscrire à son atelier d’écriture et il n’avait pas cherché une seconde à lutter contre l’attirance qu’elle exerçait sur lui — qu’elle exerçait outrageusement sur lui. Pourquoi lutter ? Le week-end s’annonçait glacé, propice au feu de bois, à l’indolence. Des lèvres boudeuses. Des hanches profondes. Il fallait juste prier pour qu’elle soit en état le moment venu. Elle ne semblait guère consciente. La ceinture l’empêchait de s’effondrer d’un côté ou de l’autre. Il allait devoir préparer du café en arrivant.
Les bas-côtés étaient blancs, les sous-bois d’un noir d’encre. Il roulait au milieu de la chaussée, mâchoires serrées, à cheval sur la ligne blanche continue qui se tordait sous ses yeux comme un serpent affamé dans la lune rousse.   Elle avait vingt-trois ans. À l’aube, il s’aperçut qu’elle était sans vie, froide.
Passé un instant de stupeur, il rejeta brusquement les draps, bondit hors du lit et s’en alla coller son oreille à la porte.
La maison était silencieuse. Il écouta attentivement. Puis il se tourna de nouveau vers le lit et observa le corps de la fille. Au moins n’y avait-il pas de sang. C’était heureux. Sous la forte lumière matinale qui pénétrait la chambre, elle paraissait absolument intacte, laiteuse et lisse. «

« Incidences » de  Philippe Djian – Éditions Gallimard

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