Le Manoir – Emma Cavalier

Quatrième de couverture :

Le Manoir est le récit de Pauline, jeune archiviste chargée de mettre de l’ordre dans les documents accumulés dans une demeure consacrée depuis un siècle à des pratiques et des rencontres sadomasochistes. Totalement ignorante de cet univers, Pauline découvre un monde étonnant de fantasmes. À cette découverte troublante que nous suivons pas à pas au gré des documents classés par Pauline, se mêle une expérience bien réelle avec son employeur, Julien, qui lui impose des règles en fonction de ses caprices.
Aux prises avec cet homme qui associe allégrement la souffrance avec le plaisir, la complicité avec la brutalité, Pauline se retrouve face à elle-même, à ses propres désirs et à ses propres choix.
Nous suivons alors son apprentissage, celui de la douleur accepté, du plaisir, de l’amour et de l’acceptation de soi.

Le Manoir, porté par la finesse et la force de son style autant que par la puissance de ses évocations, s’inscrit dans la lignée des grands romans de la littérature sadomasochiste aux côtés d’Histoire d’OLe lienCarnets d’une soumise de province ou Frappe-moi !

L’auteur :

Emma Cavalier est bibliothécaire et vit à Paris. Le Manoir est son premier roman.

Mon avis :

Il y avait longtemps que je n’avais lu de roman sm, et je dois dire que sauf rares exceptions, j’ai souvent été déçue. Or, avec celui-ci, j’ai été très agréablement surprise, et à plus d’un titre.

Le style est excellent, au rythme soutenu, et loin des conventions du genre. Si l’on retrouve le décorum et beaucoup des rituels du sadomasochisme classique, nous ne sommes pas ici dans quelque chose de sombre, loin de là. Pauline, la jeune archiviste, est une soumise novice assez atypique (au même titre que La Renarde deCarnets d’une soumise de province) dans la mesure où elle ne décide d’aller que là où elle désire aller. Elle entre en soumission par amour certes, mais aussi et surtout par jeu. Et toute figure emblématique que soit son Maître dans le milieu sm, celui-ci l’accepte (plus ou moins aisément, il ne faut pas croire que cela soit sans peine), à condition que cela ne soit pas trop flagrant aux yeux des autres (image oblige !).

Ce roman est également remarquable dans la mesure où, à l’inverse de beaucoup de romans du genre qui prônent un sm dur et sans pitié, celui-ci pose bien les règles de sécurité, l’usage du safeword… En cela, il est quasiment unique en son genre, et l’on ne peut que s’en féliciter. Lorsque l’on sait que bon nombre d’adeptes de ces jeux-là prennent souvent tel ou tel roman comme Bible (Histoire d’O fait encore pas mal de ravages), il était temps qu’arrive enfin sur le marché un texte qui contrebalance tout cela. Emma Cavalier a osé le faire !

Ce premier roman est une grande réussite, avec des pages d’un érotisme à la fois subtil et torride, mais aussi de l’humour, de l’émotion. Et, cerise sur le gâteau, un happy end. Pour une fois, la soumise ne se retrouve pas vendue, cédée ou détruite. Il y a fort à parier qu’il deviendra très rapidement un classique de la littérature sadomasochiste.

Le seul bémol que je mettrais, l’usage du verbe « battre ». Beaucoup de personnes ont tendance à assimiler le sm à des violences et si, en littérature ou en pratique, on écrit que l’on bat une soumise, on a tendance à les conforter dans cette opinion. Une soumise se fouette, se flagelle, se fesse… mais en aucun cas elle ne peut se « faire battre ».

« Le Manoir » d’ Emma Cavalier – Editions Blanche

                               Paru le 25 août 2011

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