La puissance des corps – Yann Queffélec

Quatrième de couverture

Sur la plage du Trez-Hir un enfant disparaît. On l’appelle Popeye, il a neuf ans. Pour le colonel Rémus, quarante-cinq ans, son responsable légal, il ne peut s’agir que d’un rapt. Le colonel a des ennemis. Il dirige au nom du Président une police parallèle, Les Chats maigres, spécialisée dans la fraude alimentaire. Il a femme, maîtresse, petites amies d’un soir, pas toujours animées des meilleurs sentiments…

Avec l’enlèvement de Popeye, il découvre qu’il est un homme bien seul, bien fragile en dépit des apparences. Retrouver l’enfant, il n’a plus d’autre but. Trop en vue, il engage Onyx, vingt-sept ans, une rusée renarde autrefois chez Greenpeace. Elle a changé, en deux ans, mais Rémus n’a jamais oublié son parfum…

Mon avis

Étrange, ce roman qui se veut légèrement d’anticipation (l’action se déroule en 2013) et qui d’emblée, communique au lecteur un sentiment de malaise et d’écœurement. Les deux piliers principaux de ce récit sont la guerre et le milieu de la boucherie industrielle. Il n’y a pas besoin de faire d’analyse poussée pour comprendre quel est le rapport, c’est évident. La guerre d’Afghanistan, qui a transformé Rémus au point qu’il renie ses engagements passés et se réfugie dans une insensibilité quasiment pathologique, des hommes de guerre reconvertis au sein d’une unité spéciale au service du plus haut degré de l’état, et qui n’ont pas plus d’états d’âme dans leur tâche que les tueurs professionnels des chaînes d’abattage d’animaux.

De la chair morte, rarement très propre, s’étale au fil des pages, et contamine tout sur son passage. Des cadavres de soldats ou de civils à Kaboul, aux carcasses de boeufs ou de porcs, en passant par les corps dénués de sentiment d’amants qui se prennent, se désirent, se haïssent aussi parfois, de façon tellement cynique ou maladive que l’on ressent une contagion quasiment totale de la société, dans toutes ses strates.  Des personnages qui sont en perte totale d’identité, de racines, à l’image de la société dans laquelle ils évoluent,

C’est peut-être cet aspect extrêmement dérangeant qui pousse certains à trouver ce livre brouillon, partant dans tous les sens sans aucune cohérence. Mieux vaut cela que de faire ce constat de gangrène généralisée, ne serait-ce que pour mieux dormir la nuit. Ou peut-être est-ce moi qui suis complètement à côté de la plaque… Allez savoir ! Pourtant, le remède n’est pas inaccessible : aucun humain n’est fait pour vivre seul, déclare un personnage. N’est-ce pas cela la clé de tout ? Se tourner vers autrui pour mieux se retrouver ? N’est-ce pas cet individualisme, véritable lèpre des temps modernes, qui nous perd ?

Une chose est sûre, c’est un roman qui ne peut laisser personne insensible, et cela bien au-delà de l’enquête, qui n’est finalement qu’un prétexte.

Une mention spéciale pour un très beau personnage féminin, celui d’Onyx, toute en fragilité et en détermination, qui n’est pas sans rappeler au lecteur une de ses consœurs littéraires, la Lisbeth Salender, l’héroïne née de l’imagination de Stieg Larson, auteur de la trilogie Millenium.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s