Séquelles ordinaires – Eric Paradisi

Quatrième de couverture

«Le regard des humains subit parfois un phénomène d’éclipse. Totale ou partielle. À force de se voir, on ne se voit plus. Je m’appelle Luca. J’ai eu trente-six ans au mois de décembre. Luca provient du latin lux qui signifie lumière. À tant vouloir y croire, je crois que je l’ai perdue. J’aimerais sortir de l’ombre. Celle qui flotte à l’intérieur. Et finira par passer sur mes yeux. Ma voisine s’appelle Solene. Un prénom grave et aveuglant, comme son regard de funambule posé en équilibre sur la vie.»

Mon avis 

J’attendais de lire ce livre depuis longtemps, après avoir découvert l’auteur dans ses deux derniers romans, Un baiser sous X et En retard sur la vie. L’écriture est sèche, les phrases sont courtes comme autant d’aiguillons ou d’uppercuts assénés au lecteur. Cela crée un climat très particulier qui déstabilise au premier abord. Et au fil des pages, on se prend des envolées magnifiques de sensibilité, de détresse ou de solitude qui nous laissent KO.
Les Séquelles ordinaires sont les failles, les blessures de la vie que l’on a tous en chacun de nous. Certains les surmontent sans problème, d’autres non. C’est le cas de Luca et de Solene. le premier est ravagé par sa séparation d’avec Marie, assommé par la disparition de son père. La seconde s’est construite de travers grâce au désamour de sa mère, et vit tant bien que mal (plutôt mal d’ailleurs) entre un boulot antipathique au possible et une boulimie/anorexie qui ne lui laisse aucun répit. Ces deux là s’aiment, mais sont victimes des murs qu’ils ont érigés pour se protéger… Lui de la solitude qu’il est incapable de rompre, elle de la spirale destructrice qui finit par la mener en hôpital psychiatrique. C’est sur l’incendie de leur immeuble, parabole évidente de leurs sentiments ravagés par leurs peurs respectives, leur incapacité commune au bonheur que se termine ce roman, laissant le lecteur dans le même état que les personnages, c’est à dire dans le doute et la crainte de l’avenir. de leur avenir commun ou non. Luca s’autorise enfin à lâcher ses larmes, qui se confondent avec les larmes de pluie qui lavent la ville de sa grisaille.
On sort complètement sonné de cette lecture, bouleversé mais aussi émerveillé car tout n’est pas noir. Et on se plaît à imaginer qu’à la dernière interrogation de Luca  » Je ferme les yeux. Mon amour. Dis-moi sur quoi je vais les rouvrir. » répondra une lueur d’espoir, parce que lorsque l’on touche le fond, il y a forcément une remontée possible… Et surtout, que si tout était désespéré, il ne se poserait même pas la question.
Une très belle lecture que je recommande vivement.

Editions Gallimard – 14.50 €

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