Identités barbares – Carine Fernandez

Quatrième de couverture

« Julie et Théo sont sortis avant nous, main dans la main, à se chuchoter des douceurs, petit couple que l’alcool rend tendres au mitan de la nuit. Ils rentrent directement chez eux, Place des Jacobins. Lucas ne tarde pas à nous lâcher à son tour. ‘‘Je suis le témoin d’Antoine samedi, les gars. Si je me paye la murge du siècle cette nuit, je serai incapable de signer le registre.’’
On se retrouve dans la rue. Ali soutient tant bien que mal notre nouveau pote qui flageole. Masaki, dans sa béatitude d’ivrogne, clame sa joie aux étoiles et au monde entier dans des haïkus qu’il s’efforce de traduire en anglais. ‘‘ Chut ! supplie Ali, il est 3 heures, les gens dorment. On va se faire arrêter pour tapage nocturne.’’
C’est vrai qu’il n’y a pas un rat, sauf trois hommes adossés à une voiture, éclairés par le néon vert d’une banque, qui nous dévisagent longuement quand on arrive à leur hauteur. »

Virgile, étudiant en lettres à Lyon, suit avec joie les préparatifs du mariage de son frère. Il accueille Masaki, un ami japonais convié à la noce, qui débarque en France les yeux émerveillés. Avec Ali et Irène, ils traînent dans les rues, s’amusent, passent de café en café. L’ambiance est au beau fixe. Cette nuit, pourtant, leur destin va basculer.

Mon avis

Ce livre est paru dans la collection Plein Feu des éditions JC Lattès. Plein feu est une collection engagée, tant sur le plan politique que littéraire. Elle offre aux écrivains une tribune des pensées, un espace de liberté, tout en mettant en lumière un genre qui peine à trouver sa place en France : la nouvelle. En proposant chaque fois un inédit dans un petit format, la collection se détache de la forme traditionnelle du recueil et cherche à s’adapter à nos vies modernes. Le temps d’un trajet, d’une pause déjeuner, d’un moment perdu, une histoire contemporaine s’offre à nous.

L’auteur nous livre un récit court, très court, mais néanmoins très fort. La violence ne représente d’une part très faible, à peine trois ou quatre pages, mais celle-ci se trouve décuplée par la paisibilité de la vie des personnages. Virgile est un jeune homme tout ce qu’il y a de plus banal, mais qui peine à trouver sa place dans la société, tout immerger qu’il est dans l’amour de la littérature. Ali, son ami d’enfance, est un étudiant brillant, parfaitement intégré. Toute la bande d’amis accueillent Masaki, venu spécialement du Japon pour assister au mariage de son ami Antoine, frère de Virgile.

C’est au cours de la tournée des grands ducs au cœur de la ville de Lyon que tout ce petit monde de joyeux fêtards va se retrouver confronté à l’indicible, à la barbarie meurtrière de quelques skinheads dont le but est de tuer. Il suffira de quelques minutes pour que la vie de ces jeunes gens bascule dans quelque chose d’incompréhensible.

L’absence de réaction de Virgile, au moment des faits, ne manque pas de nous faire penser à la façon dont notre société reste sans voix devant ce type d’agression. Ceci est encore amplifié par la réaction d’Antoine apprenant ce qu’il s’est passé. Il ne faut surtout pas troubler les festivités prévues, il faut se taire, faire comme s’il ne s’était rien passé… Ce refus de la réalité ne constitue-t-il pas la plus grande des lâchetés, celle de notre société qui joue à l’autruche tandis que montent dans notre pays des idéologies nauséabondes incitant à détruire tout ce qui est différent.

C’est un récit fort et perturbant qui donne à réfléchir. A lire et à faire lire, surtout après les résultats des dernières élections européennes.

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Une réflexion sur “Identités barbares – Carine Fernandez

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