La Faille – Isabelle Sorente

Le mot de l’éditeur

Lucie Scalbert était la plus belle fille du lycée. Avec un je ne sais quoi de dingue dans le regard. Je n’ai pas été surprise qu’elle devienne comédienne, je l’ai perdue de vue alors que le succès semblait l’attendre. Voilà que je la retrouve cinq ans plus tard. Elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Elle a abandonné sa carrière, elle prononce le nom de VDA, son mari, avec un mélange d’effroi et de rancœur. Ce vieillissement précoce, cette voix enfantine, ce rire désespéré : je comprends que c’est cela, une relation d’emprise.
Ce qui fascine une romancière, en l’occurrence, Mina Liéger, mon double fictionnel, c’est ce lien étrangement raisonnable qui unit une femme à un homme qui la rend folle. À mesure que je reconstituais l’histoire de Lucie Scalbert, il devenait évident que ce lien relevait moins de la psychologie que de la possession : une force mettait Lucie à la merci des hommes dont elle tombait amoureuse. Ce rapport destructeur produisait chez ceux qui en étaient témoins un sentiment de déjà-vu, comme si nous en reconnaissions l’empreinte dans nos faux-semblants et nos secrets de famille, et jusque dans les événements qui bouleversaient nos vies. L’emprise de VDA sur Lucie obéissait à des lois trompeuses, cruelles et romanesques qui tissaient la toile dans laquelle nous étions pris.

Mon avis

C’est un roman à l’écriture très dense que celui-ci. 500 pages, des chapitres de quelque cent pages, très peu de paragraphes… Comme si l’auteur voulait nous plonger dans une atmosphère oppressive qui ressemble à la vie de Lucie Scalbert. Cela rend la lecture addictive, puisque l’on ne sait où s’interrompre, de peur de ne pas retrouver le fil.

La manipulation perverse semble d’actualité en cette rentrée littéraire, puisque le dernier Delphine de Vigan en traite également. Mais qui sont ces personnes qui vampirisent leur entourage, le vide de sa substance, de son énergie vitale ? Qui sont leurs victimes, pourquoi sont-elles sensibles à ces prédateurs ? C’est ce que Isabelle Sorente démonte ici en nous racontant l’histoire des personnages, de leur enfance à aujourd’hui. Ce qui fait, dans leurs histoires parallèles, qu’ils ne peuvent qu’être bourreaux ou victimes, de part les failles de leurs personnalités respectives.

La tension psychologique est énorme, oppressante. On souffre avec Lucie, tout en ayant envie de lui botter les fesses pour qu’elle réagisse. Et puis, peu à peu, on prend conscience que si elle est prédisposée à être la victime idéale, n’importe qui d’autre à sa place s’effondrerait ; parce que face à un manipulateur pervers narcissique, personne n’est de taille à lutter, qu’il n’y a pas d’issue autre que la fuite ou la disparition du prédateur.

Isabelle Sorente fait de très justes analyses psychologiques des personnages, sans pour autant en rajouter. Cela sonne juste et c’est ce qui est terrifiant au final. VDA peut être n’importe qui, notre voisin, notre collègue, sans que l’on s’en rende compte.

La Faille d’Isabelle Sorente est à paraître aux Editions Jean-Claude Lattès le 2 septembre 2015.

Publicités

Une réflexion sur “La Faille – Isabelle Sorente

  1. Pingback: Rentrée littéraire : quelques nouveautés | Le Café Littéraire des 2 Plancher

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s