Le crime du comte Neville – Amélie Nothomb

Quatrième de couverture

« Ce qui est monstrueux n’est pas nécessairement indigne. »

Mon avis

Je n’avais, jusqu’à maintenant, jamais lu Amélie Nothomb. Et comme chaque rentrée littéraire voit arriver le nouveau Nothomb, j’ai donc comblé cette lacune. Je dois dire que l’écriture de la dame est belle, travaillée, donnant une fausse impression de simplicité. Ce roman est un conte satirique qui prend l’aristocratie belge et ses travers pour cibles. Pourquoi le comte Neville, à qui une voyante prédit qu’il assassinera quelqu’un lors de sa garden-party, accueille cette nouvelle comme une fatalité ? Pourquoi ne fait-il pas tout pour que cela n’arrive pas ? Pire, pourquoi, plutôt que d’être horrifié par ce qu’il va faire, cherche-t-il à le faire de la façon qui sera la plus digne de son rang ?

Amélie Nothomb étrille avec humour l’aristocratie et ses traditions, s’inspirant de son propre père pour construire le personnage du comte Neville. C’est un livre drôle et cocasse qui se dévore en quelques heures. S’il n’est pas question de dire qu’il est de ceux qui marquent, il reste néanmoins une très bonne distraction. Parce que la lecture, c’est aussi cela : du plaisir et de la distraction.

Après cette découverte, je ne manquerai pas de lire quelques uns des précédents romans d’Amélie Nothomb, ne serait-ce que pour pouvoir comparer.

Le crime du comte Neville, d’Amélie Nothomb, est à paraître le 19 août 2015 aux éditions Albin Michel.

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Au revoir là-haut – Pierre Lemaître

Quatrième de couverture

Sur les ruines du plus grand carnage du XXe siècle, deux rescapés des tranchées, passablement abîmés, prennent leur revanche en réalisant une escroquerie aussi spectaculaire qu’amorale.Des sentiers de la gloire à la subversion de la patrie victorieuse, ils vont découvrir que la France ne plaisante pas avec ses morts…
Fresque d’une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d’évocation, »Au revoir là-haut » est le grand roman de l’après-guerre de 14, de l’illusion de l’armistice, de l’Etat qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants, de l’abomination érigée en vertu.
Dans l’atmosphère crépusculaire des lendemains qui déchantent, peuplée de misérables pantins et de lâches reçus en héros, Pierre Lemaitre compose la grande tragédie de cette génération perdue avec un talent et une maîtrise impressionnants.

Mon avis

Depuis pas mal d’années, je délaissais les prix littéraires après avoir été déçue par la lecture de quelques Goncourt très moyens. J’avoue que ce livre m’a donné envie de découvrir l’univers de son auteur -que je ne connaissais pas. Le fait que je me documente à outrance sur la première guerre mondiale a joué également pour beaucoup.

Les périodes tumultueuses de l’histoire ont toujours permis à de petits malins d’en profiter à outrance. C’est en partant de cela que l’auteur déroule sa pelote. Le roman débute sur les derniers jours du conflit. Des pages terribles de violence, d’injustice, de souffrance humaine. Envoyés à l’assaut par un gradé cynique en quête de gloire, à quelques jours de l’armistice, deux soldats se sauvent la vie mutuellement. L’un est blessé légèrement mais irrémédiablement traumatisé, l’autre est amputé de la moitié du visage. Ce double sauvetage va irrémédiablement lier leurs destins. Alors qu’ils n’avaient aucuns points communs (Albert Maillard était comptable avant guerre, Edouard Péricourt artiste peintre issu de la grande bourgeoisie), ils vont devenir frères de douleur, frères de combines et d’arnaque aux monuments aux morts.

Autre personnage de ce roman noir, le lieutenant Henri d’Aulnay-Pradelle. L’homme responsable des destins brisés d’Albert et Edouard, retors, manipulateur et avide d’argent. Celui par qui met au point l’escroquerie suprême : des exhumations militaires facturées à l’Etat et dont le seul but est de l’enrichir par un service premier prix.

Une écriture hyper efficace, qui glace dans les premiers chapitres, qui n’hésite pas à donner également dans l’humour noir, et qui imprime au roman un ton et une intensité redoutables. Une intrigue qui tient en haleine sur 576 pages et qui réserve des rebondissements jusqu’à la fin. Une excellente lecture qui m’a donné envie de découvrir les autres romans de Pierre Lemaître.

au revoir la-haut

Les enfants de la Vouivre : la trilogie complète

Il y a quelques mois j’ai lu le premier volume de cette saga et ai été conquise. Ne possédant pas les deux autres tomes, j’étais restée dans la frustration. Mais voilà que ces volumes me sont enfin parvenus, et je termine ce jour le dernier.

Michel Dodane revisite ici le mythe de la Vouivre de façon fort originale. Cette saga « de terroir » n’hésite pas à prendre des teintes fantastiques de plus en plus présentes au fil du récit, mais aussi de thriller. Ainsi, on y suit une terrifiante lignée de meurtres tous plus horribles les uns que les autres et surtout, que rien ne semble vouloir arrêter.

Démarrant dans le registre strict du roman régionaliste, finalement cette saga évolue bien au-delà ce cela, même si la Franche-Comté si chère à l’auteur reste le cadre privilégié. D’ailleurs, la légende de la Vouivre se retrouve dans de nombreuses autres contrées…

Quelle est la part de fantastique dans les affres qui accablent la famille Mouthier ? N’est-ce pas plutôt la malveillance pathologique de certains personnages, toutes plus glauques les unes que les autres, qui est seule responsable ?

L’an dernier, je découvrais la plume de Michel Dodane avec Le forgeron de la Jonvelle, aujourd’hui je termine le troisième tome de ce que l’on peut appeler son « œuvre majeure » et j’ai vraiment envie d’inciter autrui à le faire. Je reparlerai dans les semaines à venir de l’auteur -ici ou plus certainement dans les colonnes de Fusion’elle– puisqu’un nouveau roman est d’ores et déjà attendu en avril aux éditions Albin Michel : Retour à Champfontaine

Saga « Les enfants de la Vouivre » parue aux éditions Albin Michel et Terre de Poche

  • Les enfants de la Vouivre
  • Les herbes noires
  • La malédiction des Mouthier

L’homme qui ne devait pas être président – A. André & K. Rissouli

Quatrième de couverture 

Il vient de loin. Et il a fini par gagner.

Les deux journalistes politiques qui avaient dévoilé les coulisses du congrès du PS à Reims dans Hold-uPS, arnaques et trahisons, ont suivi  François Hollande pendant toute la campagne qui l’a mené à l’Elysée.

Ils ont recueilli au fil des mois ses remarques, ses réactions, ses interrogations, observant le candidat en action.

Ils montrent l’intensité, la violence du combat politique et révèlent comment François Hollande a su rassembler autant de gens qui se détestent ; à quels moments il a eu peur de perdre ; le rôle joué par Ségolène Royal dans cette élection aux allures de polar ; d’où est venue l’idée de « l’homme normal » ; qui sont les « premiers chrétiens », ceux qui ont cru en lui dès le début ; pourquoi il a voulu être président de la République.

Un document exceptionnel sur l’histoire d’un homme qui ne devait pas être président. Et qui l’est devenu.

Mon avis

Nul n’est besoin d’être passionné de politique pour lire ce livre. Ce récit au jour le jour qui montre la volonté d’un homme, seul contre tous au départ, se lit comme un roman. Cet homme, dont le pire a été dit et écrit (mou, indécis, humoriste…) montre ici un tout autre visage. On le découvre convaincu, sûr de son destin, intransigeant sur beaucoup de points, mais aussi, et c’est une qualité première pour qui aspire aux plus hautes fonctions, doté d’une extraordinaire capacité d’écoute doublée d’une impressionnante force de résistance.

Ce livre a en lui les qualités d’un bon thriller, parce que par beaucoup de côtés, c’est un thriller politique. Tout y est : le suspens, les coups bas, les trahisons… Rien ne semble être capable de mettre à terre l’ascension irrésistible d’un homme sous-estimé par tous. Au bout du compte, la morale de la fable de La Fontaine « Le lion et le rat » n’a jamais été aussi vraie que pour ce nouveau président de la République : « Patience et longueur de temps, font plus que force ni que rage ».

Paru le 10 mai 2012 aux éditions Albin Michel – 18 €

Double identité – Didier van Cauwelaert

Quatrième de couverture

Martin Harris avait deux passions : sa femme et une plante. Je suis seul aujourd’hui à pouvoir les sauver. Mais comment protéger une femme lorsqu’on est traqué sans relâche par les services secrets ? Et comment libérer une plante médicinale volée aux Indiens d’Amazonie par le numéro un mondial des cosmétiques ? Une plante qui pourrait guérir des milliers de malades et qui, victime d’un brevet exclusif, ne sert qu’à fabriquer la plus chère des crème antirides.

Mon avis

J’aime beaucoup le style de Didier van Cauwelaert, et c’est lui qui m’a donné envie de découvrir ce nouveau roman. J’avoue que je n’ai pas été déçue une seule seconde. Qui est véritablement Martin Harris ? Pas celui qu’il pense à sa sortie du coma après un accident en tout cas. Mais après tout quelle importance… Seul pour lui compte ce qu’il ressent profondément, et qui le transforme en proie pour ses anciens employeurs. Le héros investit la vie qu’il s’est choisie, et part aux fins fonds de l’Amazonie, à la rencontre des chamanes, sur les traces de la kimani, plante miraculeuse dont l’industrie s’est emparée dans un but vénal, privant ainsi de nombreux malades de par le monde de ses vertus curatives exceptionnelles.

Tout au long de ce récit, l’auteur nous promène d’un faux semblant à un autre. Lorsque l’on pense avoir tout compris, il en surgit un nouveau, et cela jusqu’à la dernière page. Un suspens parfaitement maîtrisé sans aucune longueur inutile, efficace page après page.

« Double identité » est sans aucun conteste le roman que j’ai préféré de tous ceux lus depuis le début de l’année. A découvrir absolument.

A PARAITRE LE 4 AVRIL 2012

Double identité – Didier van Cauwelaert

éditions Albin Michel

Le forgeron de La Jonvelle – Michel Dodane

Quatrième de couverture

1950. Au petit village de La Jonvelle, au coeur du Doubs, Théo, le forgeron, est persuadé que la mort de sa femme et de sa fille n’est pas accidentelle. Il engage un détective privé qui se heurte très vite aux hommes de main de l’inquiétant Philippe Saint Allain, un puissant notable de la région. Mais Théo est bien décidé à faire éclater la vérité, quel qu’en soit le prix…

Mêlant passions et suspens, Michel Dodane nous entraîne dans l’atmosphère oppressante des paysages rudes et sauvages de cette Franche-Comté qu’il connaît si bien.

Mon avis

Michel Dodane, franc-comtois de naissance, n’en est pas à son premier roman. Déjà, dans sa trilogie « Les enfants de la Vouivre », il s’était plu à dépeindre cette région qu’il aime tant.

Nous avons ici un bon roman régionaliste, qui dépeint avec justesse ce qu’était la vie dans le Haut-Doubs. Les paysages, la faune et la flore ainsi que les caractères bien trempés des personnages sonnent justes.

L’intrigue est bien menée. Le lecteur se prend complètement au jeu de savoir qui donc, sur ces verts plateaux, a décidé de détruire la vie de Théo, mais surtout, POURQUOI ? Si l’on a très vite la réponse à la première question (c’est un choix de l’auteur, peut-être aurait-il mieux valu ménager un peu plus le suspens de ce côté là ?) il faut attendre la toute fin du roman pour connaître le pourquoi.

En bonne franc-comtoise, j’ai retrouvé avec plaisir des expressions bien typiques de chez nous. Cependant, peut-être aurait-il fallu, à minima, quelques notes afin d’expliquer certains mots. Le lecteur lambda n’est pas forcément féru de dialecte comtois, et n’identifiera pas forcément ce que peut-être un « beuillot »* ou des « cramaillots »**. Mais j’ai été heureuse de retrouver ce vocabulaire qui était courant chez nous lorsque j’étais enfant, et qui peu à peu, disparaît.

Une bonne lecture distrayante et aisée, sans prétention autre que d’apporter un moment de détente au lecteur.

* beuillot : personne peu maligne, sotte

** cramaillot : pissenlit

PARUTION LE 1er MARS 2012

aux éditions ALBIN MICHEL

Pour ceux que le « parler comtois » intéresse, je conseille d’aller visiter la section du forum « Cancoillotte.net » qui lui est consacré, c’est ICI

Ecrire est une enfance – Philippe Delerm

Quatrième de couverture :

« Pourquoi est-ce que j’écris ? Pourquoi ai-je écrit ce que j’ai écrit jusqu’à aujourd’hui ? » À soixante ans, Philippe Delerm se livre pour la première fois et s’interroge sur la genèse de son écriture, son parcours d’homme et d’écrivain. Avec lucidité et une certaine mélancolie, il évoque tour à tour ses premières rédactions d’écolier, ses parents instituteurs, sa rencontre avec les livres pour braver l’isolement d’une longue maladie infantile, sa timidité extrême et la difficulté d’expression des premiers émois, son renoncement au journalisme sportif, la rencontre essentielle avec sa femme, sa propre carrière de professeur de lettres, ses influences (Proust, Léautaud, Jules Renard, René Guy Cadou…), ses filiations, ses parrains de l’écrit (J.M.G. Le Clézio, Jean d’Ormesson, Pascal Quignard, Alain Gerber)… Un lent cheminement jusqu’à La première gorgée de bière, au succès. Avec une extrême sincérité, Philippe Delerm dit son attachement viscéral à l’enfance, son goût des livres, de la chanson française, de la peinture, du cinéma, de la mélancolie et du bonheur, qu’il a transmis entre les murs des salles de classes, entre les lignes de ses livres… Avec La Première Gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, vendu à plusieurs millions d’ex en France et dans le monde, Philippe Delerm s’est imposé dans le paysage littéraire français avec un succès jamais démenti par la suite. Il a publié en début d’année Un trottoir au soleil.

Mon avis :

Avec un style qui n’appartient qu’à lui, Philippe Delerm nous emmène visiter sa vie, de son enfance à aujourd’hui, nous faisant découvrir au fil des pages tout ce qui l’a construit : en tant qu’homme-enfant (il revendique le fait de n’être jamais sorti de l’enfance), en tant que professeur de lettres (au travers de ses mots, j’ai reconnu certains de mes professeurs, qui ont su en leur temps me transmettre l’amour de la littérature et l’audace de découvrir des auteurs que je jugeais alors inaccessibles pour moi), en tant qu’auteur, même s’il se défend bien d’être écrivain.

Un passage que j’ai beaucoup aimé parce qu’il me parle vraiment, il retranscrit ce que je ressens viscéralement :

«  L’écriture est toujours la traduction d’un manque, d’une fêlure, une façon de déplacer les atomes de la réalité » 

L’humilité dont je parlais ci-dessus éclate lorsqu’il parle de ses Maîtres : Proust, Le Clézio, Dickens… Tous ces auteurs lus sans lesquels il ne serait celui qu’il est aujourd’hui. « Il est impossible d’écrire sans lire » dit-il tout au long du livre, et ô combien il a raison, même si devant certains livres, il nous semble outrecuidant d’oser soi-même aligner quelques mots, comme ce fut le cas pour lui après avoir lu « A la recherche du temps perdu ».

J’ai aimé ce livre qui ne se veut pas pédant, mais décrit simplement le parcours d’un homme amoureux des lettres, humain et très attachant.

Ecrire est une enfance de Philippe Delerm – Editions Albin Michel

15 €