Docteur Voltaire et Mister Hyde – Frédéric Lenormand

Quatrième de couverture

Panique à Paris ! La peste est de retour ! Voltaire aussi !
Tandis qu’une maladie mystérieuse affole la capitale, le voilà coincé entre police, assassins, les médecins et son frère Armand, religieux intransigeant avec qui on le confond sans cesse. Déterminé à dissiper les brumes qui obscurcissent la raison et à éclairer l’intrigue de ses lumières, Voltaire prodigue aux populations effrayées les bienfaits de la philosophie en action. Hélas la police continue de penser que c’est encore la faute à Voltaire…
Nous voici à nouveau embarqués dans une réjouissante aventure policière du philosophe le plus pétulant de l’histoire de France. On se régale à le regarder faire preuve d’esprit et de férocité envers ses contemporains, en enquêteur égocentrique, persuadé de sa supériorité, jamais à court d’idées, mais toujours là pour faire surgir la vérité.

Mon avis

Oyez, oyez, la nouvelle enquête de Voltaire est enfin arrivée ! Attendre un an pour avoir entre les mains ce roman valait le coup. Tout démarre quand un apothicaire de la capitale répondant au nom très approprié de Sanofi (oui, ça attaque fort, il faut l’avouer 🙂 ) meurt. Les rumeurs de peste circulent dans Paris, au grand dam d’Hérault. Voltaire, très occupé à faire « quelques améliorations » dans le château lorrain de la belle Emilie du Châtelet se voit pressé de rentrer à Paris afin d’élucider cette affaire d’épidémie. Il ne trouve pas de meilleurs endroit pour se cacher que chez son frère, Armand, contrôleur aux épices à la Cour des Comptes et janséniste. Deux Arouët pour le prix d’un, c’est deux fois plus de plaisir, de situations cocasses, de bons mots…

Ce roman ci est un véritable festival de drôleries cumulées. Entre les anachronismes, les jeux de mots et les situations rocambolesques, c’est le plus hilarant de la série, on sent que Frédéric Lenormand est de plus en plus à l’aise et se lâche vraiment, pour notre plus grand plaisir. L’exemple, une scène d’autopsie d’anthologie au chapitre XV. Mais il faut dire qu’elle est menée par Antoine de Jussieu, dans la salle de taxidermie du Jardin des Plantes. On lui trouve une certaine parenté avec une scène du film de Francis Veber, Les Fugitifs. On y croise aussi une Alice, dont Voltaire dit qu’elle n’est pas une merveille.

Un excellent moment de lecture détente et plaisir avec ce roman qui, comme les précédents, nous cultive autant qu’il nous distrait. Il n’est pas donné à tout le monde d’écrire de très belle façon, tout en faisant rire aux éclats. C’est le double effet de la plume de Frédéric Lenormand !

Docteur Voltaire et Mister Hyde – Frédéric Lenormand – Editions JC Lattès

Sur une majeure partie de la France – Franck Courtès

Quatrième de couverture

Comment raconter cette impression de dépossession quand je retourne à la campagne ? Une campagne où je n’ai pas grandi mais où j’ai fait grandir en moi, lors des weekends et des vacances, la certitude que la beauté était en péril ?
Inspiré par mes souvenirs, j’ai voulu dérouler les destins parallèles de deux enfants, Quentin et Gary, sur une période de trente années, dans un village situé à moins de 80 kilomètres de Paris, passé du paradis à l’enfer.
Enfant sensible, Quentin aime profondément la nature ; Gary, lui, inquiète déjà par sa sauvagerie et son agressivité. En grandissant, Quentin s’éprend d’une jeune fille nommée Anne ; ils échangent leurs premières étreintes tandis que Gary s’entoure d’un gang, vole, fume et se met à écouler de la drogue fournie par les Marocains de la cité voisine, allant jusqu’à embringuer le jeune frère de Quentin.

Mon avis

Dire que ce roman a trouvé écho en moi serait un euphémisme. Un roman empreint de nostalgie, celle de l’enfance, mais aussi celle de cette campagne qui, il y a encore une quarantaine d’années, permettait aux citadins de se dépayser, qui faisait vivre ceux qui y habitaient, et qui, au fil des décennies, a été colonisée au point de devenir annexe des grandes villes et y a perdu son âme.

Lorsque l’auteur revient à Morcerf, village où ses parents possédaient une maison de campagne et où il a passé chaque vacance de son enfance, il ne s’attend pas à trouver un lieu qui n’est plus que l’ombre de ce qu’il a été. Certes les années ont passé, la mémoire enjolive quelque peu les souvenirs, mais tout de même. Au travers des destins croisés de Quentin et Gary, jeunes du village qu’il a connus en étant enfant, Franck découvre quelle a été la marche inexorable de ces terres qu’il aime tant et de ces villageois, vers un destin fait de désillusions et de renoncements, au nom d’un progrès qui détruit tout, terres et gens.

On y trouve de très beaux portraits, que ce soit Quentin, ce fils de garde-chasse, viscéralement attaché à sa terre au point qu’il renonce même à l’amour de sa vie pour ne pas la quitter, ou Gary, ce jeune mal-aimé qui, parce qu’il n’a connu que la violence, s’enlise dans cette même violence au point qu’elle le détruira, et enfin Tikidi, cet homme sans nom qui travaille avec Quentin et son père, porte-parole de la terre avec qui il a toujours vécu en véritable symbiose.

Ce livre m’a touchée parce que ce dont il parle, je le vis. Je suis une citadine de naissance, installée à la campagne depuis bientôt vingt ans. Cette campagne est celle de mes racines familiales et, si je n’y suis pas née, je suis très attachée à son histoire, à ses habitants, à ses traditions, qui font que l’on y trouve -ou plutôt y trouvait- une qualité de vie et une convivialité incomparables. Cette campagne, je l’ai vue évoluer au fil des ans. Les parcelles de terre -cultivées ou non- étaient encore nombreuses lorsque je suis arrivée. Du verger amoureusement entretenu au terrain d’agrément jouxtant les maisons. Petit à petit, elles se sont réduites, au fur et à mesure que sont venues s’y construire de nouvelles maisons. Des pâtures se sont transformées en lotissements, dont les maisons -souvent propriétés de citadins venus chercher une qualité de vie- restent closes en permanence parce que les habitants travaillent ailleurs. Au fil du temps, j’ai fait le constat que l’on devenait une cité dortoir de la ville la plus proche, et ça me fait mal aux tripes. Alors que tout le monde connaissait tout le monde, on en arrive aujourd’hui à ce qu’un gamin qui dit bonjour dans la rue se fait regarder de travers… Cette campagne qui perd ses emplois, ses commerces, où la désespérance et l’ennui font que de plus en plus de gens se tournent vers l’inimaginable et le monstrueux, comme si celui-ci pouvait lui apporter un quelconque bien-être… Tout comme la campagne de l’enfance de Franck Courtès, la mienne perd chaque jour un peu plus son âme.

J’avais été séduite par Toute ressemblance avec le père en 2014, ce second roman de l’auteur ne m’a pas déçue. Il est de ceux qui marquent parce qu’ils sont humains, parce qu’ils éveillent en nous la nostalgie des paradis perdus.

Sur une majeure partie de la FranceFranck Courtès – Editions JC Lattès

La Faille – Isabelle Sorente

Le mot de l’éditeur

Lucie Scalbert était la plus belle fille du lycée. Avec un je ne sais quoi de dingue dans le regard. Je n’ai pas été surprise qu’elle devienne comédienne, je l’ai perdue de vue alors que le succès semblait l’attendre. Voilà que je la retrouve cinq ans plus tard. Elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Elle a abandonné sa carrière, elle prononce le nom de VDA, son mari, avec un mélange d’effroi et de rancœur. Ce vieillissement précoce, cette voix enfantine, ce rire désespéré : je comprends que c’est cela, une relation d’emprise.
Ce qui fascine une romancière, en l’occurrence, Mina Liéger, mon double fictionnel, c’est ce lien étrangement raisonnable qui unit une femme à un homme qui la rend folle. À mesure que je reconstituais l’histoire de Lucie Scalbert, il devenait évident que ce lien relevait moins de la psychologie que de la possession : une force mettait Lucie à la merci des hommes dont elle tombait amoureuse. Ce rapport destructeur produisait chez ceux qui en étaient témoins un sentiment de déjà-vu, comme si nous en reconnaissions l’empreinte dans nos faux-semblants et nos secrets de famille, et jusque dans les événements qui bouleversaient nos vies. L’emprise de VDA sur Lucie obéissait à des lois trompeuses, cruelles et romanesques qui tissaient la toile dans laquelle nous étions pris.

Mon avis

C’est un roman à l’écriture très dense que celui-ci. 500 pages, des chapitres de quelque cent pages, très peu de paragraphes… Comme si l’auteur voulait nous plonger dans une atmosphère oppressive qui ressemble à la vie de Lucie Scalbert. Cela rend la lecture addictive, puisque l’on ne sait où s’interrompre, de peur de ne pas retrouver le fil.

La manipulation perverse semble d’actualité en cette rentrée littéraire, puisque le dernier Delphine de Vigan en traite également. Mais qui sont ces personnes qui vampirisent leur entourage, le vide de sa substance, de son énergie vitale ? Qui sont leurs victimes, pourquoi sont-elles sensibles à ces prédateurs ? C’est ce que Isabelle Sorente démonte ici en nous racontant l’histoire des personnages, de leur enfance à aujourd’hui. Ce qui fait, dans leurs histoires parallèles, qu’ils ne peuvent qu’être bourreaux ou victimes, de part les failles de leurs personnalités respectives.

La tension psychologique est énorme, oppressante. On souffre avec Lucie, tout en ayant envie de lui botter les fesses pour qu’elle réagisse. Et puis, peu à peu, on prend conscience que si elle est prédisposée à être la victime idéale, n’importe qui d’autre à sa place s’effondrerait ; parce que face à un manipulateur pervers narcissique, personne n’est de taille à lutter, qu’il n’y a pas d’issue autre que la fuite ou la disparition du prédateur.

Isabelle Sorente fait de très justes analyses psychologiques des personnages, sans pour autant en rajouter. Cela sonne juste et c’est ce qui est terrifiant au final. VDA peut être n’importe qui, notre voisin, notre collègue, sans que l’on s’en rende compte.

La Faille d’Isabelle Sorente est à paraître aux Editions Jean-Claude Lattès le 2 septembre 2015.

D’après une histoire vraie – Delphine de Vigan

Quatrième de couverture

« Ce livre est le récit de ma rencontre avec L. L. est le cauchemar de tout écrivain. Ou plutôt le genre de personne qu’un écrivain ne devrait jamais croiser.»

Dans ce roman aux allures de thriller psychologique, Delphine de Vigan s’aventure en équilibriste sur la ligne de crête qui sépare le réel de la fiction. Ce livre est aussi une plongée au cœur d’une époque fascinée par le Vrai.

Mon avis

Que dire de ce roman dans lequel on plonge et qui nous maintient quasi en apnée durant ses 479 pages. Plongée dans un monde parallèle, celui de la manipulation mentale, de l’emprise, de la destruction de l’autre, mais pas seulement. C’est aussi une histoire fabuleuse sur ce que sont les auteurs et la création littéraire. Pourquoi, aujourd’hui, tout le monde semble autant obsédé par la quête de soi-disant vérité dans les écrits ? Et si finalement, cette quête n’était que le prolongement de l’engouement voyeuriste pour les émissions de téléréalité, sauf que pour ces dernières, la réalité est bien loin de la télé -et sans doute que les romans se revendiquant comme récits de faits ayant existés le sont aussi, à différents degrés. Cette seconde facette du livre m’a particulièrement interpellée puisque régulièrement, je me retrouve confrontée à cette éternelle question de la réalité de ce que je peux écrire, comme si cela pouvait présenter un quelconque intérêt. Un texte est bon ou est mauvais, cela n’a rien à voir avec le fait qu’il soit fictif ou le reflet d’une quelconque réalité. Je ne comprends pas cette obsession qu’ont les gens de savoir, surtout qu’ils sont rarement disposés à croire ce qu’on peut leur répondre.

On se laisse emporter par la détresse de la narratrice -l’auteur, puisqu’elle écrit sur elle-même-, on plonge avec elle dans la dépression. Mais… Face à la manipulation destructrice qui la prend pour cible, on n’a qu’une envie, celle de la secouer et de lui dire de mettre un terme à tout cela, avant qu’il ne soit trop tard. Mais lorsque l’on referme le livre, après la dernière page lue, on ne sais plus très bien qui a manipulé qui… Et si tout n’était que faux semblants pour montrer au lecteur que malgré tous les aspects de réel que peuvent revêtir les choses, celles-ci sont peut-être totalement factices ? Tout est possible… Et finalement, n’est ce pas le rôle premier de la littérature que de nous faire croire que tout est possible, pour peu qu’on le veuille ?

D’après une histoire vraie, de Delphine de Vigan – Editions JC Lattès – En librairie le 26 août 2015

 

Les quatre saisons de l’été – Grégoire Delacourt

4 saisons de l'amourQuatrième de couverture

Été 99, dont certains prétendent qu’il est le dernier avant la fin du monde.
Sur les longues plages du Touquet, les enfants crient parce que la mer est froide, les mères somnolent au soleil. Et partout, dans les dunes, les bars, les digues, des histoires d’amour qui éclosent. Enivrent. Et griffent. Quatre couples, à l’âge des quatre saisons d’une vie, se rencontrent, se croisent et s’influencent sans le savoir.
Ils ont 15, 35, 55 et 75 ans. Ils sont toutes nos histoires d’amour.

Mon avis

Après avoir lu certains des précédents romans de l’auteur, j’avais très envie de découvrir celui-ci. La thématique de l’amour, décliné au travers des différents âges de la vie me parlait beaucoup et je n’ai pas été déçue.

Grégoire Delacourt signe ici un roman magnifique, très tendre et poétique comme je les aime. Des amours adolescentes à celles de la fin de vie, on est bouleversé par la beauté et la puissance des sentiments. Les personnages sont justes et émouvants, sans pour autant tomber dans la caricature. On reçoit ces histoires croisées avec gratitude, comme si l’auteur nous faisait des confidences à peine murmurées. Et puis il y a ces phrases, dont la beauté nous saisit…

Au fil des heures, la mer s’éloigne, comme un drap que l’on retirerait doucement , qui dévoilerait une peau claire, vierge de toute conquête.

ou encore

Nous sommes deux petits vieux charmants; on nous sourit souvent, on nous dit que nous sommes beaux, que nous allons bien ensemble, et ces petits commentaires bienveillants sont comme des pétales de bonté.

et enfin cela

Nos détresses nous aimantèrent l’un vers l’autre. Il n’y a pas eu de coup de foudre, pas d’étoiles, pas de cœurs qui s’emballent, pas de jolies répliques de livres, juste un regard; un regard impérieux, une corde à laquelle s’accrocher.

Bref, c’est un vrai coup de cœur que j’ai ressenti pour ce roman dont la lecture est une de celles qui m’a le plus marquée ces derniers mois. A lire absolument.

Élémentaire mon cher Voltaire – Frédéric Lenormand

élémentaire mon cher voltaireQuatrième de couverture

Qui en veut à la marquise du Châtelet ? Sa servante assassinée, la voilà aux prises avec la police. Voltaire vole à son secours pour dénouer une intrigue où s’entremêlent la couture, l’horlogerie et le commerce des poupées. Prêt à tout, virevoltant, multipliant les mots d’esprit, notre San Antonio des Lumières nous entraîne une nouvelle fois dans une folle sarabande. Depuis les salons parisiens jusque dans les taudis sous les ponts de la Seine, il déjoue la mécanique du crime, tire son épingle du jeu et démontre une fois de plus que, pour un philosophe comme lui, découvrir la vérité n’est qu’un jeu d’enfant.

Mon avis

Et voilà revenue la saison où l’on découvre les nouvelles enquêtes de Voltaire. Après les fêtes, la galette et avant de se jeter sur les crêpes et les beignets, il y a la pause gourmande obligatoire : la découverte du Lenormand nouveau (oui, c’est un peu comme le beaujolais, mais en littéraire 🙂 ). Oyez, oyez… Élémentaire mon cher Voltaire sera chez tous les bons libraires dès le 4 février prochain et franchement, n’hésitez pas à vous le procurer, même si vous n’avez pas lu les précédents (vous pourrez combler votre retard ensuite).

Que trouve-t-on dans ce nouvel épisode ? Un philosophe reclus en Lorraine, en overdose de sangliers et de mirabelles, à qui parvient des nouvelles de Paris lui indiquant qu’Émilie du Châtelet est en grand péril de tomber dans les bras du beau mathématicien -académicien de surcroît- Maupertuis. Il n’en faut pas plus pour que Voltaire ne s’évade à tire d’ailes -ou plutôt à fond de tonneau- vers la capitale, au mépris des risques d’arrestation pesant sur lui. Et de n’hésiter devant aucun subterfuge pour se dissimuler de son ennemi Héraut; C’est ainsi qu’il se cache chez les gens de lettres à la vue basse, plus prédisposés à ne pas l’identifier… On le retrouve brièvement secrétaire du vieux Montesquieu, pour un passage extrêmement jouissif, suivi de beaucoup d’autres.

Au travers de cette enquête pour sauver Emilie en proie à mille tourments depuis que sa soubrette a été trucidée par de biens étranges jouets, l’auteur se livre à un inventaire des techniques horlogères de l’époque, ainsi que de la naissance des premiers automates. Le tout est fort agréable et très instructif. Comme d’habitude chez Frédéric Lenormand, l’humour et la légèreté ne sont jamais aux dépends de la culture. Le problème, c’est qu’ils sont trois hommes à vouloir sauver la belle marquise, car en plus du philosophe, il y a bien évidemment  l’amant Maupertuis et Héraut, prêt à tout pour qu’Emilie lui concède un peu d’attention (et plus si affinités). D’ailleurs, à propos de ce dernier, pour la première fois on découvre son cadre de vie et son couple… Ah, la grande époque des mariages de raison générait bien des tourments !

Dans ce volume, on retrouve Voltaire visitant les quais de la Seine et délogeant les SDF de l’époque puis, déguisé en femme mais toujours escorté de l’abbé Linant, allant chercher refuge dans un couvent, au milieu des nonnes… Il fallait oser l’imaginer n’est-ce pas ? Il y a de très grands moments de rire lorsque le philosophique trublion voit son mariage annoncé par voie de presse, mais aussi lorsqu’il découvre son infortune… Je n’en dirai pas plus, ce serait un sacrilège.

Je le répète : ACHETEZ ce roman, vous ne le regretterez pas. Mieux, en cette période de sinistrose totale, il devrait être remboursé par la Sécurité Sociale car plus efficace que tous les antidépresseurs du monde ! Élémentaire mon cher Voltaire est publié par les Éditions JC Lattès.

Pardonnable, impardonnable – Valérie Tong Cuong

pardonnable impardonnableQuatrième de couverture

Un après-midi d’été, alors qu’il se promène à vélo sur une route de campagne, Milo, douze ans, chute et se blesse grièvement.
Ses parents Céleste et Lino et sa grand-mère Jeanne se précipitent à son chevet. Très vite, chacun va chercher les raisons de l’accident. Ou plutôt le coupable. Qui était avec lui ce jour-là ? Pourquoi Milo n’était-il pas à sa table, en train de faire ses devoirs, comme prévu ?
Tandis que l’angoisse monte autour de l’état de Milo resurgissent peu à peu les rapports de force, les mensonges et les petits arrangements qui sous-tendent cette famille. L’amour que chacun porte à l’enfant ne suffira pas à endiguer la déflagration. Mais lorsque la haine aura tout emporté sur son passage, quel autre choix auront-ils pour survivre que de s’engager sur le chemin du pardon ?

Un roman vibrant qui explore avec justesse nos cheminements souterrains vers le pardon.

Mon avis

Ce roman est écrit à quatre voix. Chaque chapitre est la voix d’un des membres de cette famille, victime d’un véritable séïsme après l’accident du petit Milo. Tour à tour, Céleste (la maman), Lino (le papa), Marguerite (la tante) et Jeanne (la grand-mère) raconte leurs ressentis, mais aussi leurs secrets, leurs tourments. Et le moins que l’on puisse dire c’est que l’histoire de cette famille est tout sauf calme et tranquille. Deux soeurs traitées de façon totalement différente par leur mère, l’une hyper-choyée, l’autre ignorée et mal aimée, un homme tellement obsédé par le fait de se sortir de son milieu social défavorisé qu’il a tout sacrifié à cela sans pour autant trouver le bonheur, une quête identitaire aussi qui va se révéler tragique… L’accident sert en fait de catalyseur à toutes les rancunes, à tous les non-dits, à tous les mensonges. Le seul élément fédérateur est l’enfant blessé, qui a besoin de tous pour s’en sortir. Et en se « réparant », il va aussi amener tout son entourage à retrouver le chemin du dialogue et pourquoi pas, du pardon. Mais tout est-il pardonnable ? Cette question, qui était un jeu entre Milo et Marguerite, va trouver une réponse à la fin du roman.

Je ne connaissais pas l’auteur de ce roman, aussi je ne peux juger par rapport à ses autres écrits. J’ai passé d’excellent moments avec ce livre. La psychologie des personnages est extrêmement bien menée, très fine. L’écriture est fluide, juste et ne donne jamais dans le pathos. C’est une histoire profondément humaine, qui bouleverse et amène également à se poser des questions. Comment réagirions-nous, si nous nous trouvions dans la peau de l’un des personnages, ou mieux encore, dans la peau de chacun d’eux, à tour de rôle (parce que finalement, la quadruple narration amène un peu à cela).

Un roman a découvrir, car il le mérite largement.

On ne voyait que le bonheur – Grégoire Delacour

Quatrième de couverture

« Une vie, et j’étais bien placé pour le savoir, vaut entre trente et quarante mille euros.
Une vie ; le col enfin à dix centimètres, le souffle court, la naissance, le sang, les larmes, la joie, la douleur, le premier bain, les premières dents, les premiers pas ; les mots nouveaux, la chute de vélo, l’appareil dentaire, la peur du tétanos, les blagues, les cousins, les vacances, les potes, les filles, les trahisons, le bien qu’on fait, l’envie de changer le monde.
Entre trente et quarante mille euros si vous vous faites écraser.
Vingt, vingt-cinq mille si vous êtes un enfant.
Un peu plus de cent mille si vous êtes dans un avion qui vous écrabouille avec deux cent vingt-sept autres vies.
Combien valurent les nôtres ? »
À force d’estimer, d’indemniser la vie des autres, un assureur va s’intéresser à la valeur de la sienne et nous emmener dans les territoires les plus intimes de notre humanité.Construit en forme de triptyque, On ne voyait que le bonheur se déroule dans le nord de la France, puis sur la côte ouest du Mexique. Le dernier tableau s’affranchit de la géographie et nous plonge dans le monde dangereux de l’adolescence, qui abrite pourtant les plus grandes promesses.

Mon avis

Si j’ai mis du temps avant de chroniquer ce livre, c’est surtout parce que je voulais avoir lu les premiers romans de Grégoire Delacourt avant de lire celui-ci. C’est aujourd’hui chose faite.

De traumatismes d’enfant en blessures d’adulte, Antoine -que l’on n’a pas préparé à affronter la vie et ses difficultés- va un jour commettre un acte terrible. Heureusement, il n’ira pas au bout de son geste, mais il va perdre le peu qu’il lui reste.

A partir de ce moment, il va devoir se reconstruire, se pardonner et comprendre pourquoi il a commis ce geste dramatique. C’est au Mexique qu’il va trouver refuge aux côtés de gens très pauvres dont il va partager le travail et le quotidien. En remontant l’écheveau de ses émotions, de ses peurs, de ses haines, il va finir par comprendre et se remettre sur le rail de la vie;

On rit, on frissonne, on pleure… Un livre comme je les aime, qui provoque une multitudes de sensations. Les chapitres sont courts, tout comme les phrases, ce qui rend la lecture rapide, voire addictive. Dans un style très épuré, l’auteur va droit au but

Un des très bons romans de cette rentrée littéraire 2014, dont je conseille très vivement la lecture, même s’il est ressorti bredouille de la courses aux prix littéraires.

La liste de mes envies – Grégoire Delacourt

Quatrième de couverture

Lorsque Jocelyne Guerbette, mercière à Arras, découvre qu’elle peut désormais s’offrir ce qu’elle veut, elle se pose la question : n’y a-t-il pas beaucoup plus à perdre ?

Après L’Écrivain de la famille, couronné par de nombreux prix (parmi lesquels le prix Pagnol et le prix Carrefour du Premier Roman), Grégoire Delacourt déroule une histoire folle et forte d’amour et de hasard. Une histoire lumineuse aussi, qui nous invite à revisiter la liste de nos envies.

Mon avis

Je ne connaissais pas l’écriture de Grégoire Delacourt, aussi ai-je commencé par ce roman-ci avant de m’attaquer à On ne voyait que le bonheur.
Je l’ai dévoré en deux petites heures. Une fois entamé, je ne suis pas parvenue à m’en détacher tellement il est addictif et touchant. Une écriture pleine de sensibilité, de justesse, de drôlerie parfois, de tendresse toujours. Bref, j’ai adoré !
Une belle démonstration sur le fait que le bonheur ne réside pas dans ce que l’on possède (ou pourrait posséder), mais dans ce que l’on a. La conclusion pourrait en être « L’argent fait le malheur »…

Rentrer avec toutes les choses de la liste, détruire la liste et se dire ça y est, je n’ai plus de besoins. Je n’ai plus que des envies désormais. Que des envies.
Mais ça n’arrive jamais.
Parce que nos besoins sont nos petits rêves quotidiens. Ce sont nos petites choses à faire, qui nous projettent à demain, à après-demain, dans le futur; ces petits rien qu’on achètera la semaine prochaine et qui nous permettent de penser que la semaine prochaine, on sera encore vivants.

Toute ressemblance avec le père – Franck Courtès

Quatrième de couverture

« Au même âge que mon fils, je m’étais hissé au sommet d’une meule un soir, au bord du plateau. Je dominais la vallée de l’Ourcq. La nuit approchait. Les nuages venaient de loin et j’avais un peu froid. Devant moi, la terre brune, les bois sombres, le vent dans mon dos, dessinaient les contours du bonheur, les points cardinaux d’une boussole imaginaire. J’étais un cristal de garçon.»

Comment se défait-on des fantômes du passé?
Ils sont trois personnages, une mère et ses deux enfants, Mathis et Vinciane, à tenter de survivre après la mort accidentelle de Jacques. Si Mireille, inconsolable, s’est figée dans son destin de veuve d’un héros magnifié, Vinciane, elle, traverse les océans pour oublier. Quant à Mathis, prisonnier de l’image paternelle, il enchaîne les conquêtes et s’abîme dans la séduction. Tous se débattent mais le fantôme de Jacques rôde, un fantôme qui épouserait les fantasmes et les culpabilités de chacun.
Mais vient un jour où il faut solder les comptes et songer à l’avenir.

Mon avis

Toute ressemblance avec le père est un premier roman, car si Franck Courtès avait déjà été publié auparavant, c’était avec un recueil de nouvelles (que je n’ai pas lu d’ailleurs). Je me suis donc immergée dans cet univers que je découvrais. Beaucoup de personnages différents au départ m’ont un peu perdue, mais j’ai très vite accroché au récit. Au travers de la vie de cette famille, c’est l’histoire des blessures de la vie, du deuil impossible qui est abordée ici.

Avec la mort accidentelle de Jacques, le père, c’est l’univers de la famille qui s’écroule d’un coup, surtout lorsque l’on découvre avec elle que le défunt n’était pas celui qu’elle croyait. Mais, c’est bien connu, pour certaines personnes les défunts deviennent des saints, leurs travers sont comme gommés par le trépas. C’est cela que fait Mireille, sa veuve. Elle s’enferme -et ses enfants avec elle- dans le mythe du mari irréprochable et dans le rôle de veuve éternelle ; s’interdit de vivre et par la même occasion pourrit la vie de ses enfants. Sa fille préfère fuir autour du monde, tandis que Mathis -le fils- construit sa vie d’homme sur des failles, des manques qui lui interdisent d’accéder au bonheur et à la sérénité. Trois vies empoisonnées par le « fantôme » du mari et du père qui les poursuit, décennies après décennies.

Cette histoire m’a beaucoup touchée parce qu’elle est criante de sincérité. La plume est simple et agréable à lire, les dialogues sonnent juste. J’ai passé un très beau moment de lecture, un de plus car cette rentrée est riche en bons romans.

Pour les francs-comtois, je précise que Franck Courtès sera aux Mots Doubs à Besançon le week-end prochain. L’occasion d’acheter son livre et de se le faire dédicacer…