Charly 9 – Jean Teulé

Quatrième de couverture

Charles IX fut de tous nos rois de France l’un des plus calamiteux. A 22 ans, pour faire plaisir à sa mère, il ordonna le massacre de la Saint Barthélemy qui épouvanta l’Europe entière. Abasourdi par l’énormité de son crime, il sombra dans la folie. Courant le lapin et le cerf dans les salles du Louvre, fabriquant de la fausse monnaie pour remplir les caisses désespérément vides du royaume, il accumula les initiatives désastreuses.Transpirant le sang par tous les pores de son pauvre corps décharné, Charles IX mourut à 23 ans, haï de tous. Pourtant, il avait un bon fond.

Mon avis

L’histoire folle et tragique de Charles IX narrée par la plume trempée dans l’humour noir et acide de Jean Teulé… Voilà qui décoiffe, je vous l’assure. On connaît tous l’histoire du roi qui ordonna le massacre de la St Barthélémy, de même que celle de son entourage. Mais il y a la façon de la raconter ! Teulé non plonge au cœur de la royale folie, ne reculant devant aucuns détails de la barbarie inhérente à l’époque. Et pourtant, malgré le dégoût qui saisit souvent le lecteur, celui-ci ne peut s’empêcher de sourire tant le langage est imagé. C’est là le grand art de Jean Teulé, observé dans ses autres œuvres lues, que de nous ballotter entre rire et larmes, comme si son humour grinçant était là justement pour nous soulager et nous permettre de mener notre lecture à bien.

Alors on rit quand Charly plonge sa tête dans les entrailles d’un cerf abattu pour ne pas voir ses responsabilités, on rit lorsqu’il sonne le cor, juché sur son cheval et chassant dans les couloirs du Louvres, on rit toujours lorsque, devant les cadavres putréfiés Henri de Navarre -futur Henri IV- évoque son propre « fumet » dont il ne comprend pas qu’il puisse incommoder un roi qui hume des charognes… Et je ne vous parle pas de la description de Margot, dansant en tenant dans ses bras un bocal rempli d’alcool dans lequel baigne… la tête de la Môle, son défunt amant.

Et puis on côtoie Ambroise Paré, premier chirurgien royal, Ronsard -poète autant obsédé par les alexandrins que par les mignonnes et fraîches jeunes filles qu’il croise, et beaucoup de personnages hauts en couleurs.

C’est un roman relativement court qui se lit d’une traite et que je recommande vivement, même si certaines pages demandent d’avoir le cœur bien accroché. Le roman est disponible également aux éditions Pocket.

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Héloïse, ouille – Jean Teulé

Héloise ouilleQuatrième de couverture

À la fin de sa vie, Abélard écrivait à Héloïse :  » Tu sais à quelles abjections ma luxure d’alors a conduit nos corps au point qu’aucun respect de la décence ou de Dieu ne me retirait de ce bourbier et que quand, même si ce n’était pas très souvent, tu hésitais, tu tentais de me dissuader, je profitais de ta faiblesse et te contraignais à consentir par des coups. Car je t’étais lié par une appétence si ardente que je faisais passer bien avant Dieu les misérables voluptés si obscènes que j’aurais honte aujourd’hui de nommer.  » Depuis quand ne peut-on pas nommer les choses ? Jean Teulé s’y emploie avec gourmandise.

Mon avis

J’ai abordé la lecture de ce roman sans aucun a priori, bien qu’ayant lu grand nombre de critiques. Beaucoup étaient assassines, accusant Jean Teulé d’avoir fait de la mythique histoire d’amour d’Héloïse et Abélard quelque chose de trivial et de pornographique. Mais… Quand on sait que de cet amour est né un fils, force est de reconnaître que cet amour ne fut pas seulement platonique… Et lorsque l’on se réfère à certaines phrases écrites par Abélard à Héloïse, ce ne fut pas non plus forcément toujours très fleur bleue. Il n’en fallait pas plus pour que l’auteur à la verve truculente ne s’engouffre avec gouaille et une certaine trivialité dans cette porte entrouverte.

Tout repose sur des faits établis et des écrits existants. La biographie des deux personnages est scrupuleusement respectée, même si Teulé, comme à son habitude, a brodé autour. Réduire ce livre à ses cent premières pages -parfois fort osées-, c’est passer totalement à côté de la dimension du roman.

Les personnages sont extraordinairement modernes. Abelard, érudit et philosophe qui est la coqueluche de ses élèves (« scolare » dans le texte), n’hésite pas à remettre en question les dogmes de l’Eglise au nom d’une imparable logique, au point de se retrouver par deux fois poursuivi comme hérétique. Héloïse de son côté, si elle entre en religion par amour et soumission à son amant et mari, profite de l’occasion pour instruire ses consœurs en leur apprenant à lire et à écrire. Une femme instruite est totalement hors norme pour l’époque, alors si en plus elle veut étendre son instruction aux autres… Il faut savoir que Héloïse fut la toute première femme de lettres française et sans doute la première à revendiquer certains droits pour les femmes.

N’ayant pas une grande connaissance de l’oeuvre de Jean Teulé, je ne saurais dire comment se situe ce roman par rapport aux autres. Je l’ai trouvé agréable à lire malgré quelques longueurs, j’ai beaucoup ri (Abelard rebaptisé « Couic-couic » après sa castration par exemple) également. Bref, une lecture que j’ai appréciée.

Darling – Jean Teulé

darling J. TeuléQuatrième de couverture

Elle voulait qu’on l’appelle « Darling ». Elle y tenait!
Pour oublier les coups reçus depuis l’enfance, les rebuffades et les insultes, pour effacer les cicatrices et atténuer la morsure des cauchemars qui la hantent.
Elle voulait que les autres entendent, au moins une fois dans leur existence, la voix de toutes les « Darling » du monde.
Elle a rencontré Jean Teulé. Il l’a écoutée et lui a écrit ce roman.
Un livre unique.
Derrière l’impitoyable lucidité de son humour, Jean Teulé célèbre le flamboyant courage de celles qui refusent de continuer à subir en silence la cruauté imbécile de la vie et des autres.

Mon avis

Que dire de ce roman, sinon que c’est un voyage au bout de la misère humaine, au bout de la souffrance ? Catherine naît dans une famille de paysans normands rustres. Enfant non désirée, elle subit les maltraitances quotidiennes de ses parents et de ses frères. Son seul rêve est de partir et surtout, de ne pas devenir « paysante ». Son avenir elle le voit avec un routier, elle le sait, elle l’attend. Aussi. lorsqu’on lui offre une cibi, celle que tout le monde appelle « Tartine » (parce qu’elle travaille en boulangerie) choisit de devenir « Darling ». Ainsi rencontre-t-elle « Roméo » avec qui elle partira et qu’elle épousera, pour son plus grand malheur.

Elle pensait avoir connu l’enfer, mais ce n’était rien à côté de ce que lui fera subir son mari. Coup, viols collectifs, actes de tortures et de barbarie, il ne lui épargne rien et agit devant ses enfants. Et lorsque enfin elle fuit pour sauver sa vie, c’est contre eux qu’il déchaînera sa violence et sa perversion, enchaînant ses fils dans la niche du chien et violant sa fille de cinq ans. Les trois enfants seront placés, chacun dans un centre différent. Elle s’abrutit de travail dans l’espoir de récupérer ses enfants, puis s’enfonce dans l’alcool en n’y parvenant pas… Puis fait une nouvelle rencontre, celle d’un homme bien cette fois. Là où d’autres qu’elle seraient mortes, elle trouve en elle une force surhumaine pour rebondir et continuer sa route

Si ce livre est écrit comme un roman, ce n’est pourtant pas une fiction. Jean Teulé raconte l’histoire vraie de Catherine dite « Darling », sa lointaine cousine venue à sa rencontre parce qu’on lui a dit qu’il recherchait des histoires de vie hors norme pour écrire un roman. « Puisque c’est un roman, fais-moi belle Jean », lui demande-t-elle. Le récit est entrecoupé de passage en italique, qui retranscrivent les échanges entre l’auteur et Darling, et qui viennent nous rappeler à tout moment que non, cet enfer n’est pas une fiction… Malheureusement. Dans le récit de ce long calvaire, parfois une phrase décalée empreinte d’un humour noir et brut nous arrache malgré tout un sourire. Un exemple : lorsque Darling compare son frère, mort transpercé par un tuyau, à un joueur de baby-foot sur sa barre… Et cet humour a son importance car finalement, c’est ce décalage entre la réalité et les mots que Darling utilise pour la décrire qui l’a protégée.