Couleurs de l’incendie – Pierre Lemaître

J’ai terminé hier soir la lecture de « Couleurs de l’incendie ».

Excellentissime ! J’avais adoré « Au revoir là-haut », je crois que j’ai encore plus aimé ce second volet. Tout est juste, les personnages -même les plus secondaires- sont parfaits, autant les salauds -et il y en a une belle brochette- que les « gentils » -qui ne le sont pas tant que ça. Pour faire un parallèle avec Au revoir là-haut, on pourrait dire que dans ce second opus, les personnages sont masqués, mais de masques immatériels cette fois. Une intrigue qui tient en haleine tout au long du récit. Et toujours ces petites touches d’humour et de causticité dont Pierre Lemaitre a le secret. Les appartés interpellant le lecteur sont également un régal. Bref, il n’y a absolument rien à jeter et tout à savourer.

Quand une victime de trahisons multiples se rebiffe, ça fait mal, très mal. Il y a du Monte-Cristo dans le personnage de Madeleine Péricourt, c’est indéniable.

C’est assurément l’un de ces livres dont on est pressé de dévoiler l’intrigue, mais que l’on est triste de quitter une fois la dernière page lue.

Les lecteurs qui ont lu les polars de Pierre Lemaître retrouveront, à la fin du livre, un clin d’oeil furtif (mais évident) à Alex.

Et pour finir, au travers des vilainies -sociales, économiques et politiques- de l’époque (1927/1934), Pierre Lemaître nous révèle un parfait calque de la France d’aujourd’hui. On a beau le savoir, on n’imagine pas forcément à quel point les similitudes sont aussi nombreuses.

Bref, si vous ne l’avez pas encore lu, précipitez-vous ! Un grand merci aux Éditions Albin Michel.

« Couleurs de l’incendie » est sélectionné pour le Prix du livre France Inter/JDD 2018.

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Au revoir là-haut – Pierre Lemaître

Quatrième de couverture

Sur les ruines du plus grand carnage du XXe siècle, deux rescapés des tranchées, passablement abîmés, prennent leur revanche en réalisant une escroquerie aussi spectaculaire qu’amorale.Des sentiers de la gloire à la subversion de la patrie victorieuse, ils vont découvrir que la France ne plaisante pas avec ses morts…
Fresque d’une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d’évocation, »Au revoir là-haut » est le grand roman de l’après-guerre de 14, de l’illusion de l’armistice, de l’Etat qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants, de l’abomination érigée en vertu.
Dans l’atmosphère crépusculaire des lendemains qui déchantent, peuplée de misérables pantins et de lâches reçus en héros, Pierre Lemaitre compose la grande tragédie de cette génération perdue avec un talent et une maîtrise impressionnants.

Mon avis

Depuis pas mal d’années, je délaissais les prix littéraires après avoir été déçue par la lecture de quelques Goncourt très moyens. J’avoue que ce livre m’a donné envie de découvrir l’univers de son auteur -que je ne connaissais pas. Le fait que je me documente à outrance sur la première guerre mondiale a joué également pour beaucoup.

Les périodes tumultueuses de l’histoire ont toujours permis à de petits malins d’en profiter à outrance. C’est en partant de cela que l’auteur déroule sa pelote. Le roman débute sur les derniers jours du conflit. Des pages terribles de violence, d’injustice, de souffrance humaine. Envoyés à l’assaut par un gradé cynique en quête de gloire, à quelques jours de l’armistice, deux soldats se sauvent la vie mutuellement. L’un est blessé légèrement mais irrémédiablement traumatisé, l’autre est amputé de la moitié du visage. Ce double sauvetage va irrémédiablement lier leurs destins. Alors qu’ils n’avaient aucuns points communs (Albert Maillard était comptable avant guerre, Edouard Péricourt artiste peintre issu de la grande bourgeoisie), ils vont devenir frères de douleur, frères de combines et d’arnaque aux monuments aux morts.

Autre personnage de ce roman noir, le lieutenant Henri d’Aulnay-Pradelle. L’homme responsable des destins brisés d’Albert et Edouard, retors, manipulateur et avide d’argent. Celui par qui met au point l’escroquerie suprême : des exhumations militaires facturées à l’Etat et dont le seul but est de l’enrichir par un service premier prix.

Une écriture hyper efficace, qui glace dans les premiers chapitres, qui n’hésite pas à donner également dans l’humour noir, et qui imprime au roman un ton et une intensité redoutables. Une intrigue qui tient en haleine sur 576 pages et qui réserve des rebondissements jusqu’à la fin. Une excellente lecture qui m’a donné envie de découvrir les autres romans de Pierre Lemaître.

au revoir la-haut