Vengeance sans visage – Fabrice Pichon

Quatrième de couverture

Un homme crucifié contre la porte de la Citadelle de Besançon, bientôt suivi d’un second sur le fronton de la Porte Noire. La commissaire de police Nicole Desvignes est confrontée à l’enquête la plus compliquée et la plus périlleuse de toute sa carrière.
Suspens, angoisse et rebondissements qui la mènent de Besançon à Pouilley les Vignes, de Dijon à Cavalaire sur Mer.
Fabrice Pichon signe ici un premier roman policier tout à fait époustouflant…

Mon avis

Depuis longtemps, je m’étais promis de lire Fabrice Pichon, mais je n’ai acheté un de ses romans que très récemment. Il s’agit en fait d’une réédition de son tout premier, ressorti en 2015 en format poche aux Editions du Citron bleu.

J’ai été scotchée lorsque j’ai vu qu’il s’agissait d’un premier roman, car la qualité est là, et pas qu’un peu, tant au niveau de l’écriture -qui est fluide et efficace- que de l’intrigue qui nous tient en haleine  tout au long des pages.

Ce bisontin de naissance -qui a réalisé la fusion des régions bien avant l’heure puisqu’il vit à Dijon, comme son héroïne- nous invite à découvrir la capitale comtoise, sans pour autant transformer son roman en guide touristique. C’est un décor juste, qui donne des repères à toute personne connaissant la ville -ou qui donne envie de la découvrir si tel n’est pas le cas-, mais qui sait rester à sa place. A aucun moment, on ne vois de description poussive, qui serait là parce qu’il le faut bien. Non non, tout tombe à pic au bon moment et juste ce qu’il faut.

Mais surtout, ce qui fait l’attrait de Vengeance sans visage, c’est la psychologie des personnages. Tous sont attachants, avec leurs forces et surtout leurs faiblesses. Un polar comme je les aime, dans lequel rien n’est gratuit.  Du coup, je vais m’intéresser aux autres romans de Fabrice Pichon : Le complexe du prisme, Le mémorial des anges et Le sang du passé, tous parus aux Editions du Citron bleu, et le petit dernier, Plus de problème.com sorti en janvier aux Editions Lajouanie.

Docteur Voltaire et Mister Hyde – Frédéric Lenormand

Quatrième de couverture

Panique à Paris ! La peste est de retour ! Voltaire aussi !
Tandis qu’une maladie mystérieuse affole la capitale, le voilà coincé entre police, assassins, les médecins et son frère Armand, religieux intransigeant avec qui on le confond sans cesse. Déterminé à dissiper les brumes qui obscurcissent la raison et à éclairer l’intrigue de ses lumières, Voltaire prodigue aux populations effrayées les bienfaits de la philosophie en action. Hélas la police continue de penser que c’est encore la faute à Voltaire…
Nous voici à nouveau embarqués dans une réjouissante aventure policière du philosophe le plus pétulant de l’histoire de France. On se régale à le regarder faire preuve d’esprit et de férocité envers ses contemporains, en enquêteur égocentrique, persuadé de sa supériorité, jamais à court d’idées, mais toujours là pour faire surgir la vérité.

Mon avis

Oyez, oyez, la nouvelle enquête de Voltaire est enfin arrivée ! Attendre un an pour avoir entre les mains ce roman valait le coup. Tout démarre quand un apothicaire de la capitale répondant au nom très approprié de Sanofi (oui, ça attaque fort, il faut l’avouer 🙂 ) meurt. Les rumeurs de peste circulent dans Paris, au grand dam d’Hérault. Voltaire, très occupé à faire « quelques améliorations » dans le château lorrain de la belle Emilie du Châtelet se voit pressé de rentrer à Paris afin d’élucider cette affaire d’épidémie. Il ne trouve pas de meilleurs endroit pour se cacher que chez son frère, Armand, contrôleur aux épices à la Cour des Comptes et janséniste. Deux Arouët pour le prix d’un, c’est deux fois plus de plaisir, de situations cocasses, de bons mots…

Ce roman ci est un véritable festival de drôleries cumulées. Entre les anachronismes, les jeux de mots et les situations rocambolesques, c’est le plus hilarant de la série, on sent que Frédéric Lenormand est de plus en plus à l’aise et se lâche vraiment, pour notre plus grand plaisir. L’exemple, une scène d’autopsie d’anthologie au chapitre XV. Mais il faut dire qu’elle est menée par Antoine de Jussieu, dans la salle de taxidermie du Jardin des Plantes. On lui trouve une certaine parenté avec une scène du film de Francis Veber, Les Fugitifs. On y croise aussi une Alice, dont Voltaire dit qu’elle n’est pas une merveille.

Un excellent moment de lecture détente et plaisir avec ce roman qui, comme les précédents, nous cultive autant qu’il nous distrait. Il n’est pas donné à tout le monde d’écrire de très belle façon, tout en faisant rire aux éclats. C’est le double effet de la plume de Frédéric Lenormand !

Docteur Voltaire et Mister Hyde – Frédéric Lenormand – Editions JC Lattès

L’inconstance des démons – Eugène Green

Le mot de l’éditeur

 » Dans la première partie de ma vie, je fus heureux.  » C’est ainsi que Nikolau Aztera commence son récit. Jeune neurologue, Nikolau s’installe avec son épouse et leur enfant unique à Saint-Jean-de-Luz. À l’âge de quinze ans, son fils disparaît inexplicablement. Peu après, sa femme meurt de chagrin. Nikolau abandonne alors la médecine et se retire dans le village d’Ossès, en Basse-Navarre. Il transforme sa passion pour la bibliophilie en métier, devenant antiquaire de livres, dans ce qu’il envisage comme une retraite du monde, et une attente de la mort. Or un jour il reçoit la visite d’une dame dont le fils adolescent subit depuis peu des crises effrayantes, où il semble dialoguer dans un basque archaïque avec une voix parlant un français étrange. Elle demande à Nikolau de l’aider. L’enquête va le plonger dans l’abîme d’un mystère où sa vie prendra un nouveau sens. Ce roman, qui comporte une énigme, des crimes, et un véritable suspense, s’ouvre également sur des voies spirituelles et, à travers les plaisirs du récit policier, s’offre comme une réflexion sur le Mal et la grâce. Il soulève aussi, dans le cadre précis du Pays basque, la question générale du passé historique comme force du présent évoquant les grands procès en sorcellerie du début du XVII e siècle et la caste des cagots.

Mon avis

C’est un roman assez déroutant de par le fait qu’il regorge d’expressions basques (plus ou moins bien expliquées) et présente une construction hyper classique dans sa forme narrative ce qui donne un récit lent, ce à quoi nous sommes peu habitués pour le registre particulier du polar. Cependant, c’est une écriture travaillée et riche, à mille lieues de ce qui peut se faire aujourd’hui où l’on préfère souvent la facilité. Finalement, c’est assez adapté au sujet du roman qui est, lui aussi, relativement anachronique…

Ce roman nous embarque dans les traditions et légendes basques, dans lesquelles on retrouve -mais comme dans bien d’autres- l’omniprésence des démons et autres sorcier(ère)s. J’ai bien aimé l’idée de l’auteur de faire s’entraider deux âmes tourmentées (Nikolau, ancien neurologue, veuf, dont le fils a disparu à l’âge de 15 ans et Eguzki, adolescent victime de crises dont tout indique qu’il est possédé), mais je dois avouer que la première moitié du livre m’a semblée très très longue. Cela manquait de dynamisme à mon goût après, c’est quelque chose de totalement subjectif.

Par contre ensuite, je me suis retrouvée embarquée dans l’histoire et n’ai plus pu m’en détacher. A la première lecture, c’est l’aspect « polar » qui captive le lecteur, aussi je ne suis pas certaine qu’une seconde de soit pas utile pour prendre la mesure réelle de tout le côté métaphysique de l’histoire. Et même avec cela, je pense également qu’il faut sans doute une bonne connaissance de la culture basque pour en apprécier toutes les subtilités.

Un roman donc qui m’a agacée par moment, séduite à d’autres, mais qui au final, me laisse assez mitigée. Je le relirai sans doute plus tard, afin de voir si je reste sur ces impressions ou si je capte autre chose.

L’inconstance des démons, de Eugène Green est paru le 19 août 2015 aux Editions Robert Laffont.

Tiré à quatre épingles – Pascal Marmet

Quatrième de couverture

Parmi les milliers de voyageurs, Laurent erre seul dans le hall de la gare de Lyon, l’air paumé. Il vient de rater son CAP boulangerie et sa mère l’a mis dehors. Samy, escroc à la grande gueule, le repère rapidement. Il a bien l’intention de profiter de la naïveté de ce gamin aux chaussures vertes et l’entraîne dans un cambriolage. L’appartement dans lequel ils pénètrent est une sorte d’antichambre du musée des Arts premiers et regorge de trésors africains. Mais ils tombent nez à nez avec la propriétaire et collectionneuse. Comme elle s’est blessée en tombant dans les escaliers, ils lui viennent en aide avant de s’enfuir. Pourtant, quelques heures plus tard, elle est retrouvée morte, abattue de cinq balles tirées à bout portant. Le commandant Chanel, chargé de l’enquête, s’enfonce alors dans l’étrange passé de cette victime, épouse d’un ex-préfet assassiné quai de Conti peu de temps auparavant. Un polar haletant sur fond de sorcellerie qui nous dévoile les coulisses de la gare de Lyon et nous ouvre les portes du célèbre 36 quai des Orfèvres.

Mon avis

J’ai découvert Pascal Marmet il y a quelques temps avec Le Roman du Parfum, paru aux éditions du Rocher. Là, je me suis fait plaisir en découvrant sa plume trempée dans une encre beaucoup plus sombre et moins odorante.

Un fond de sorcellerie, une plongée dans le monde des arts premiers, le tout mené par une écriture fluide et agréable font de ce roman un polar qui se lit avec plaisir. Le suspens est bien maîtrisé et les détails sont très documentés, ce qui ne gâche évidemment rien. Les personnages, qu’ils soient principaux ou secondaires, sont bien campés et l’on entre bien dans leur univers, voire leur mental.

C’est un polar de bonne facture qui se laisse déguster page après page. Mais j’avoue ne pas avoir autant palpité qu’à la lecture de certains autres lus récemment. Mais il est vrai que passer après Gilberti, Thilliez et Bussi… C’est plutôt un handicap.

Tiré à quatre épingles de Pascal Marmet est paru en début d’été aux éditions Michalon – 18 euros.

L’aliéniste – Caleb Carr

l'aliénisteQuatrième de couverture

John Moore Schuyler, jeune chroniqueur criminel au New York Times, est appelé d’urgence par Laszlo Kreizler. Ce dernier, précurseur brillant de ce qui est aujourd’hui appelé la psychologie – un aliéniste selon le vocabulaire de l’époque -, a découvert le corps horriblement mutilé d’un jeune garçon. Il n’est pas le premier et ne sera pas le dernier… Quel genre d’être humain est capable de commettre de tels crimes, et pour quelle raison ? Ayant obtenu le soutien de Theodore Roosevelt, le futur président des Etats-Unis, alors préfet de la police de New York et une vieille connaissance de Kreizler et de Moore, les deux amis ouvrent leur enquête. Leur approche est inhabituelle, pour le moins : en étudiant ces crimes, ils pensent pouvoir brosser le portrait psychologique de l’assassin pour le devancer dans ses projets meurtriers. En cela, ils sont assistés par deux détectives juifs, spécialistes de méthodes révolutionnaires comme la dactyloscopie et l’anthropométrie judiciaire, et par une jeune femme ambitieuse qui rêve d’être la première femme officier de police. La petite équipe incongrue suscite l’intérêt, et, très rapidement, la réaction violente d’un groupe de personnes qui entendent utiliser à leurs fins la série de meurtres. Le tueur frappera de nouveau. Une course de vitesse s’engage, où se confondent chasseur et proie…

Mon avis

Il s’agit d’une réédition parue cette années aux Presses de la Cité, que j’ai reçue en service de presse. Ce roman, paru initialement en 1994, a reçu le Grand prix de littérature policière et le Prix Mystère de la critique. L’action se déroule en 1896 à New-York et on  découvre un préfet de police qui ne nous est pas inconnu, puisqu’il s’agit de Théodore Roosevelt, futur président des Etats-Unis. C’est lui qui décide qu’il est grand temps de mettre un terme aux agissements de ce tueur de prostituées. Pour se faire, il s’entoure d’amis : l’un est « aliéniste » (plus tard on l’aurait appelé psychiatre), l’autre est un expert avant l’heure, spécialiste de l’antropométrie et autres techniques nouvelles. Et nous avançons dans cette enquête avec ces tout-nouveaux outils, pionniers de ce qui va devenir plus tard la police scientifique. De ce point de vue, c’est extrêmement intéressant.

Ce roman tient à la fois du thriller, du roman d’aventures. Il y a en lui des réminiscences de ce que pouvaient être les grands feuilletons qui paraissaient jadis dans la presse. On est tenu en haleine tout au long des pages sans que l’on ne puisse se détacher de cette lecture. C’est un excellent roman que je recommande vivement. Du coup, cela me donne envie de découvrir les autres titres signés par l’auteur. Encore une belle découverte pour moi.

Le serpent de feu – Fabrice Bourland

serpent de feuQuatrième de couverture

Tandis que les rues de Londres déploient tous leurs atours pour le couronnement prochain de George VI, Singleton et Trelawney se retrouvent lancés sur les traces d’une momie mystérieusement disparue. Une affaire d’autant plus insolite qu’elle semble liée au meurtre d’un politicien qui met tout Scotland Yard en alerte… En ces jours où la ville entière est à la fête, les morts s’aviseraient-ils de se relever de leur sépulcre pour se mêler des affaires des vivants ?

Mon avis

J’ai découvert cet auteur à la Foire du livre de St Louis le week-end dernier, puisqu’il était mon voisin de table. Et comme ses romans me tentaient bien, je m’en suis offert trois. Ils font partie d’une série « Singleton et Trelawney » dont l’action se situe dans l’Angleterre des années 30. Mêlant intrigue policière -avec un duo d’enquêteurs dans la pure tradition de la littérature policière britannique- et fantastique, l’histoire nous embarque dans un univers intéressant. On apprend beaucoup de choses sur la réalité de l’époque (ici, l’abdication d’Edward VIII et le couronnement de Georges VI, le mouvement fasciste dirigé par Mosley mais aussi le cercle L’Aube Dorée, société secrète occulte). Le roman est fort bien documenté et permet de s’instruire tout en se divertissant. L’enquête nous emmène aux frontière du réel et on se prend totalement au jeu du surnaturel et de l’étrange.

Je n’ai pas d’élément de comparaison puisqu’il s’agit du premier ouvrage de cet auteur que je lis. J’ai aimé, même si par moment (principalement dans la première moitié) quelques longueurs auraient pu être épargnées. Mais globalement, c’est une très bonne lecture pour qui aime ce registre là. Je poursuivrai mon exploration avec Les Portes du sommeil et Le Fantôme de Baker Street très prochainement.

Toute la série de ces romans est parue dans la collection « Grands détectives » des Éditions 10/18. Vous retrouverez le lien vers le site de l’auteur dans la colonne de droite de cette page.

La dernière à mourir – Tess Gerristen

la dernière à mourirQuatrième de couverture

Pour la deuxième fois de sa courte vie, Teddy a survécu à un massacre. A celui de sa famille, deux ans plus tôt ; et maintenant à celui de ses parents adoptifs. Profondément traumatisé, l’adolescent n’a nulle part où aller, jusqu’à ce que la police de Boston confie l’affaire à Jane Rizzoli, déterminée à le protéger. Teddy est alors placé dans un pensionnat avec d’autres enfants victimes de faits similaires. Bientôt, Jane découvre que ce qui semblait être une coïncidence est en réalité le fruit du calcul implacable d’un tueur qui sait très bien ce qu’il fait…

Mon avis

Voilà un nouveau volume des enquêtes de Rizzoli et Isles, sorti au moment où la diffusion de la série sur France2 reprenait en France. Trois adolescents échappent à la mort, tandis que leur entourage périt dans des circonstances troubles. Étrange, mais lorsque l’on découvre que pour chacun d’eux, c’est la seconde fois que cela arrive, on se dit que quelqu’un cherche absolument à les faire disparaître. Pourquoi ?

Pour leur protection, ces enfants sont envoyés à l’école d’Evensong, là où vit le protégé de Maura Isles, Julian (rencontré dans le volume La disparition de Maura). Cet établissement qui nous avait été présenté comme une école de surdoués est en fait une institution pour survivants dont les professeurs sont eux-mêmes des survivants. Bénéficiant de tous les moyens techniques et humains de sécurité, l’endroit semble imprenable, et pourtant, il sera le théâtre d’événements terribles.

On se retrouve une nouvelle fois embarqué dans une histoire qui ne nous laisse aucun répit et dans laquelle la nature humaine n’est pas laissée de côté. C’est une des choses que j’apprécie dans les récits de Tess Gerritsen d’ailleurs. Cela se lit tout seul, c’est palpitant et bien ficelé. Et pour le côté drôlatique, il y a les péripéties à remous des parents de Jane Rizzoli, qui n’en finissent pas de se bagarrer à propos d’un divorce que l’une espère afin d’épouser son cher et tendre, mais que l’autre refuse en espérant revenir à la maison après avoir vérifié que l’herbe n’était pas plus verte ailleurs (et surtout s’être fait jeté par la jeunette pour qui il avait quitté sa famille).

Bref, si vous voulez passer une bon moment de lecture, foncez sur ce roman, vous ne serez pas déçus. C’est paru aux éditons Les Presses de la Cité.

 

 

Élémentaire mon cher Voltaire – Frédéric Lenormand

élémentaire mon cher voltaireQuatrième de couverture

Qui en veut à la marquise du Châtelet ? Sa servante assassinée, la voilà aux prises avec la police. Voltaire vole à son secours pour dénouer une intrigue où s’entremêlent la couture, l’horlogerie et le commerce des poupées. Prêt à tout, virevoltant, multipliant les mots d’esprit, notre San Antonio des Lumières nous entraîne une nouvelle fois dans une folle sarabande. Depuis les salons parisiens jusque dans les taudis sous les ponts de la Seine, il déjoue la mécanique du crime, tire son épingle du jeu et démontre une fois de plus que, pour un philosophe comme lui, découvrir la vérité n’est qu’un jeu d’enfant.

Mon avis

Et voilà revenue la saison où l’on découvre les nouvelles enquêtes de Voltaire. Après les fêtes, la galette et avant de se jeter sur les crêpes et les beignets, il y a la pause gourmande obligatoire : la découverte du Lenormand nouveau (oui, c’est un peu comme le beaujolais, mais en littéraire 🙂 ). Oyez, oyez… Élémentaire mon cher Voltaire sera chez tous les bons libraires dès le 4 février prochain et franchement, n’hésitez pas à vous le procurer, même si vous n’avez pas lu les précédents (vous pourrez combler votre retard ensuite).

Que trouve-t-on dans ce nouvel épisode ? Un philosophe reclus en Lorraine, en overdose de sangliers et de mirabelles, à qui parvient des nouvelles de Paris lui indiquant qu’Émilie du Châtelet est en grand péril de tomber dans les bras du beau mathématicien -académicien de surcroît- Maupertuis. Il n’en faut pas plus pour que Voltaire ne s’évade à tire d’ailes -ou plutôt à fond de tonneau- vers la capitale, au mépris des risques d’arrestation pesant sur lui. Et de n’hésiter devant aucun subterfuge pour se dissimuler de son ennemi Héraut; C’est ainsi qu’il se cache chez les gens de lettres à la vue basse, plus prédisposés à ne pas l’identifier… On le retrouve brièvement secrétaire du vieux Montesquieu, pour un passage extrêmement jouissif, suivi de beaucoup d’autres.

Au travers de cette enquête pour sauver Emilie en proie à mille tourments depuis que sa soubrette a été trucidée par de biens étranges jouets, l’auteur se livre à un inventaire des techniques horlogères de l’époque, ainsi que de la naissance des premiers automates. Le tout est fort agréable et très instructif. Comme d’habitude chez Frédéric Lenormand, l’humour et la légèreté ne sont jamais aux dépends de la culture. Le problème, c’est qu’ils sont trois hommes à vouloir sauver la belle marquise, car en plus du philosophe, il y a bien évidemment  l’amant Maupertuis et Héraut, prêt à tout pour qu’Emilie lui concède un peu d’attention (et plus si affinités). D’ailleurs, à propos de ce dernier, pour la première fois on découvre son cadre de vie et son couple… Ah, la grande époque des mariages de raison générait bien des tourments !

Dans ce volume, on retrouve Voltaire visitant les quais de la Seine et délogeant les SDF de l’époque puis, déguisé en femme mais toujours escorté de l’abbé Linant, allant chercher refuge dans un couvent, au milieu des nonnes… Il fallait oser l’imaginer n’est-ce pas ? Il y a de très grands moments de rire lorsque le philosophique trublion voit son mariage annoncé par voie de presse, mais aussi lorsqu’il découvre son infortune… Je n’en dirai pas plus, ce serait un sacrilège.

Je le répète : ACHETEZ ce roman, vous ne le regretterez pas. Mieux, en cette période de sinistrose totale, il devrait être remboursé par la Sécurité Sociale car plus efficace que tous les antidépresseurs du monde ! Élémentaire mon cher Voltaire est publié par les Éditions JC Lattès.

Gravé dans le sable – Michel Bussi

Quatrième de couverture

Ce qui importait pour elle, c’est que Lucky ne soit pas mort comme un autre sur cette plage. Cette mort, il l’avait décidée, il l’avait voulue. Lucky n’avait pas fait la guerre, il avait joué. Il n’était pas mort, il avait simplement perdu au jeu, perdu momentanément, tant qu’Arlington n’avait pas payé. Mais Lucky finirait par gagner, comme toujours, Alice s’en chargerait, Alice ne vivrait plus désormais que pour cela. Tous les rangers présents dans le car le comprirent. Alice n’était plus programmée désormais que pour une mission, une seule : faire payer les Arlington. Leur faire payer cette dette.  » L’espoir était infime de s’en sortir vivant. Mais quand on s’appelle Lucky, qu’on a la chance du diable et qu’on aime la plus jolie fille du monde, Alice Queen, alors peut-être la mort n’est-elle qu’un défi. Un jeu. Ils étaient cent quatre-vingt-huit GI sur la péniche qui les menait au carnage de ce petit matin de juin 1944. Alors Lucky a joué sa vie. Alice sera une jeune veuve sublime et fidèle au souvenir de son fiancé. Et tenace pour forcer la vérité lorsqu’elle apprend ce qui s’est joué quelques heures avant le débarquement. Prête à tout pour retrouver la trace du contrat contresigné par deux témoins, quitte à sillonner toute l’Amérique au côté d’un détective, Nick, raide dingue de la belle. Avec à leurs trousses, une puissante sénatrice et un tueur à gages…

Mon avis

Sorti le 2 octobre aux Presses de la Cité, ce roman n’est pas pour autant nouveau puisqu’il a connu une première vie chez un autre éditeur (Éditions des Falaises) sous le titre Omaha Crimes. Il s’agit en fait du tout premier roman de Michel Bussi.

Et bien dans ce premier roman, on trouve déjà tous les ingrédients de ce qui a fait le succès des suivants. Des personnages attachants, une intrigue imparablement addictive, une écriture fluide et prenante qui empêche de lâcher le volume une fois commencé… L’action débute en Normandie, sur les plages situées au pied des falaises d’Omaha en 1944, et se termine au même endroit en 1975. Durant ces trente ans, deux femmes -l’une américaine, l’autre normande- n’ont de cesse de percer à jour le mystère qui entoure la mort de Lucky et la disparition d’Alan.

On retrouve aussi l’humour de l’auteur au travers le personnage du détective américain, au nom évocateur de Nick Hornett (mais l’imaginerait-on avec ? 🙂 ). J’ai particulièrement apprécié les pensées intérieures du personnage qui apportent un côté complètement décalé et souvent drôle à cette histoire dramatique.

Suspens donc, rebondissements, fausses pistes, tout y est pour balader le lecteur. Et on tombe dans le panneau de façon imparable ! C’est cela que j’aime chez Michel Bussi, cet art maîtrisé impeccablement des faux-semblants que l’on retrouve dans tous ses romans. Je l’avais écrit après la lecture de Un avion sans elle et je le redis aujourd’hui, l’auteur est un grand pervers qui se joue de ses lecteurs avec brio pour leur plus grand plaisir, qui redonne toutes ses lettres de noblesse à la grande littérature populaire. À lire de toute urgence, que vous soyez fan de Michel Bussi ou non.

Meurtres à la pomme d’or – Michèle Barrière

Quatrième de couverture 

An de grâce 1556: François, étudiant en médecine à Montpellier, n’a qu’une idée en tête: devenir cuisinier. Aux dissections, il préfère l’étude du safran, de la cardamome, du gingembre, du macis et autre maniguette sous la houlette de l’apothicaire Laurent Catalan. Mais une série de morts suspectes sème le trouble dans la ville. Un mystérieux breuvage distribué par un apothicaire ambulant en est la cause. Laurent Catalan, en raison de ses origines juives et de ses sympathies pour les protestants est accusé de complicité et jeté en prison François mène l’enquête jusqu’à Bolog Parviendra-t-il à sauver Catalan?

Mon avis

Ce roman est le second volume de la saga Les aventures du cuisinier Savoisy, série policière historico-culinaire. Le premier tome Souper mortel aux étuves (que je pensais avoir chroniqué ici mais je viens de voir que ce n’est pas le cas, je réparerai cela rapidement) nous emmenait au Moyen-Âge, celui-ci se déroule à Montpellier à la Renaissance, en l’année 1556. De bien étranges décès ont lieu dans la bonne ville de Montpellier et en cette période caniculaire, la peur d’une épidémie de peste obsède tout le monde. Rapidement, il devient évident qu’il s’agit d’une vague d’empoisonnements dûs à de mystérieux produits en provenance d’Amérique.

L’auteur nous plonge en pleine guerre entre apothicaires et épiciers. En effet, longtemps ces derniers eurent le monopole de la vente des remèdes, jusqu’à la création des apothicaireries (ancêtres de nos parmacies). Autant dire qu’ils étaient loin d’être ravis de se voir privés d’une partie de leurs revenus et étaient prêts à tout pour retrouver leurs privilèges. François, étudiant en médecine contraint par son père, ne rêve que d’une chose : devenir enfin un cuisinier de renom, aussi officie-t-il en toute illégalité dans les caves de la faculté, préparant tourtes et darioles pour régaler ses amis. Mais il n’aura de cesse de tirer le mystère au clair afin de sauver son ami et logeur Catalan, apothicaire arrêté et accusé d’empoisonner la ville. Accompagné de Félix, étudiant luthérien bâlois, il ira ainsi jusqu’à Bologne, à la recherche d’informations sur le poison inconnu qui cause tant de ravages, y découvrira les joies de la cuisine italienne, ainsi qu’un trouble sensuel tout à fait inattendu.

L’histoire est rondement menée, palpitante tout en étant intelligente. Au fil des pages, l’auteur nous apprend énormément de choses sur la vie de l’époque, fait rencontrer à ses personnages une foule de gens ayant existés, tels Michel de Notre-Dame plus connu sous le nom de Nostradamus. A noter qu’à la fin du volume, comme c’était déjà le cas pour le précédent, on trouve un historique de la tomate fort intéressant et un carnet de recettes de la cuisine de la Renaissance. Afin de transposer le plaisir de la lecture dans notre assiette ultérieurement.

J’enchaînerai bientôt sur le volume suivant, Natures mortes au Vatican, puisque j’ai acheté un livre compilant les trois premiers tomes de la série. Un mot sur cette édition parue chez Agnès Vienot. J’ai appris trop tard (l’exemplaire était déjà commandé) que la maison d’édition avait coulé et que du coup, l’auteur ne touchait plus un sous sur les ventes… Mais ce n’est pas tout. L’impression comporte pas mal de coquilles, de mots manquants, de tirets de coupure de mots en pleine ligne… Bref, si vous souhaitez lire cette série, offrez-vous les exemplaires du Livre de Poche qui sont plus propres et qui rémunèrent l’auteur 🙂 C’est ce que je ferai pour les romans suivants.