La femme d’après – Arnaud Friedmann

Résumé :

Dans la nuit, elle regagne son hôtel après ce dîner avec un amour de jeunesse, retrouvé vingt ans plus tard. Elle se sent légère, grisée par la promesse de cette nouvelle aventure. Mais quatre jeunes hommes s’arrêtent soudain devant elle. Des mots échangés, une insulte, un regard qui refuse de se baisser. Ils repartent. On pourrait dire que rien ne s’est passé et pourtant demeure en elle une angoisse sourde. Son trouble grandit quand le corps d’une jeune fille est retrouvé le lendemain dans le même quartier. Pourquoi se sentir coupable de cette mort ? Qu’est-ce qui lui a permis, à elle, de gagner ce combat ? Pourquoi lui trotte dans la tête le soupçon indigne de n’avoir pas été assez désirable ? La Femme d’après nous conte la mécanique implacable d’une agression qui aux yeux de tous passera inaperçue. En écho à cette scène, avec finesse et sensibilité, Arnaud Friedmann explore les blessures et les désirs qui marquent la vie d’une femme tandis que le temps passe.

Mon avis

J’ai découvert l’univers littéraire d’Arnaud avec ses premiers romans parus aux défuntes Éditions de la Boucle. J’avais alors beaucoup apprécié son univers noir et surtout, sa façon d’entrer dans la psyché féminine. Aujourd’hui, c’est à La manufacture de livres qu’est paru son nouveau roman. Magnifique maison d’édition qui a fait connaître Franck Bouysse, Anne Bourrel, bref, que de très belles plumes. S’il est un éditeur dont on peut acheter les livres les yeux fermés, c’est bien celui-ci.

Une femme échappe de peu à une agression nocturne, mais apprend le lendemain, qu’une autre a été retrouvé morte, a priori victime des mêmes malfaisants. Voilà qui va lancer la machine à questions : pourquoi pas elle ?

Une belle exploration de ce que l’on peut qualifier de stress post-traumatique (quelque peu par procuration). Pourquoi, au final, c’est sa non-agression (hormis verbale) qui la perturbe le plus ? On retrouve aussi la culpabilité vis-à-vis de la jeune femme morte, parce qu’elle-même était sans doute trop vieille (du moins le pense-t-elle).

Un excellent roman noir à découvrir de toute urgence. Il est paru le 6 janvier de cette année et disponible dans toutes les bonnes librairies.

La femme d’après, Arnaud Friedmann – Éditions La Manufacture de Livres. 208 pages 18.90 €

La maison des anges – Pascal Bruckner

Résumé de l’éditeur

Antonin Dampierre, la trentaine soignée, est un garçon normal. Ou presque. Il travaille dans une agence immobilière de luxe jusqu’au jour où, ratant une vente à cause de deux ivrognes, il rosse l’un deux à mort. Illumination ! Notre purificateur commence alors sa quête hallucinée dans le Paris des naufragés où il croise la route d’Isolde. Cette héroïne de l’humanitaire parviendra-t-elle à le sauver de lui-même ? La Maison des Anges est un polar du bitume qui nous emporte avec effroi et jubilation dans le grand ventre de Paris.

Mon avis

C’est un roman au thème particulier, puisqu’il aborde la vision que l’on peut avoir du monde de la rue, partant du fait que ce qui nous fait peur ou nous dégoûte, c’est la peur de s’y retrouver un jour, ce qui n’est pas faux bien qu’un peu facile.

Avec le clochard, la compassion n’est jamais loin de la violence, la charité de la haine. On ne pardonne pas à celui qui s’abaisse de vous abaisser en même temps, de vous tirer vers la fange. Dans sa perdition, il suscite en nous une sorte d’horreur sacrée puisqu’une mince frontière sépare la vie courante de l’abjection. Il incarne la fascination du gouffre.

Dès le premier chapitre, qui est en exergue du reste de l’histoire, on se retrouve plongé dans le psychisme du personnage principal et on découvre ses blessures profondes qui seront causes de tout le reste.

Comme à son habitude, Pascal Bruckner nous livre un portrait sans concession de la nature humaine au travers d’une galerie de personnages divers : Antonin bien sûr, mais aussi Isolde de Hauteluce, la madone des SDF qui s’est fait mission de les servir autant qu’elle le peut avec son refuge « La Maison des Anges », après avoir été bénévole auprès de Mère Thérésa à Calcutta… Les personnages secondaires sont pas mal non plus, qu’ils soient bourgeois, stars des médias ou simples clochards.

Tous ces militants associatifs sont pareils aux dames patronnesses du XIXe siècle: ils ont leurs gitans, leurs Roms, leurs sans-papiers, leurs femmes excisées, leurs immigrés, ils les choient comme un trésor. Sans parler des comédiennes qui portent leurs opprimés en bandoulière et s’en servent comme instrument de promotion personnelle. Elles posent au Sahel ou au Bangladesh avec des négrillons au ventre gonflé ou des enfants affamés. Mais poser avec un clodo bien de chez nous et qui pue, , c’est moins glamour, il n’y a pas de retour sur investissement.

Dans les remerciements qui clôturent le volume, on découvre comment est né le roman. Bruckner y raconte comment dans les années 60, alors qu’il était en terrasse d’un bistrot avec des amis trotskistes, l’un d’un s’est amusé à bousculer un clochard au point de le faire chuter sur le bitume et comment il a pris conscience alors de la fragilité de ces personnes et de la gêne qu’elles faisaient naître chez nous.

C’est un roman qui fait réfléchir, qui remet en cause notre vision de la misère. A une époque où celle-ci n’a jamais été aussi présente partout, c’est loin d’être inintéressant.

C’est un roman noir dans lequel le désespoir, le cynisme et la cruauté se disputent la vedette.

La Maison des Anges de Pascal Bruckner est paru aux éditions Grasset et est également disponible au Livre de Poche.

Les ténèbres et rien de plus – Julia Tommas

les ténèbres et rien de plusQuatrième de couverture

Qu’est devenu le corps de Peter Mulchan, le tueur en série qui a terrorisé New York ? C’est la question que se posent l’inspecteur Kenji Yoshiro, de la brigade criminelle, et le docteur Lisa Cavalcante, chercheuse en neurosciences à l’université de Columbia. Le premier se souvient encore du jour où il était parvenu à l’arrêter. Mais, inculpé pour le meurtre de trois jeunes femmes et deux tentatives d’assassinat, Mulchan s’était suicidé dans sa cellule avant même de connaître la date de son procès. Quant à Lisa, son doctorat en neuropsychiatrie ne lui est d’aucun secours pour faire face au traumatisme qu’elle a subi un an auparavant : Peter Mulchan était un de ses patients, et c’était avec elle qu’il avait décidé de mettre un terme à ses activités de serial killer ; et pourtant, il avait tenté de la tuer. Depuis ce jour, Lisa est hantée par ce souvenir ; un éclat de voix dans la foule, le contact d’une main dans le métro, un visage entraperçu au détour d’une rue, autant de symptômes du stress post-traumatique dont elle souffre et pour lequel elle refuse de se soigner. Alors qu’elle se réfugie dans ses travaux de recherche, déterminée à prouver que la quatrième victime du tueur en série, encore plongée dans un état végétatif, pourrait sortir du coma, l’impensable se produit. Le corps d’une jeune femme est retrouvé dans un cimetière de la ville. Les marques sur son cadavre ne laissent aucun doute : elle a été enlevée et torturée selon le modus operandi de Peter Mulchan. Troublé par la ressemblance physique de cette nouvelle victime avec Lisa, Yoshiro pense avoir affaire à un imitateur. Mais la neuropsychiatre a un tout autre avis : et si Peter Mulchan n’était pas mort ?

Mon avis 

Ce livre m’a été envoyé par les éditions Anne Carrière et je les en remercie. C’est un thriller de très bonne qualité et je me félicite d’avoir découvert un nouvel auteur. Que dire ? Dès les premières pages, le lecteur est aspiré dans quelque chose qui le dépasse. L’intrigue est à proprement parler infernale, l’écriture addictive. C’est un « page turner » dont on n’arrive plus à se défaire. Lorsque l’on arrive à la fin et qu’enfin, on souffle de soulagement, eh bien non… Ce n’est pas fini !

L’auteur utilise tous les outils à sa disposition pour développer l’angoisse du lecteur et elle y réussi assez brillamment d’ailleurs. Un sans faute pour ce roman noir qui ravira tous les amateurs du genre par son efficacité.

Au revoir là-haut – Pierre Lemaître

Quatrième de couverture

Sur les ruines du plus grand carnage du XXe siècle, deux rescapés des tranchées, passablement abîmés, prennent leur revanche en réalisant une escroquerie aussi spectaculaire qu’amorale.Des sentiers de la gloire à la subversion de la patrie victorieuse, ils vont découvrir que la France ne plaisante pas avec ses morts…
Fresque d’une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d’évocation, »Au revoir là-haut » est le grand roman de l’après-guerre de 14, de l’illusion de l’armistice, de l’Etat qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants, de l’abomination érigée en vertu.
Dans l’atmosphère crépusculaire des lendemains qui déchantent, peuplée de misérables pantins et de lâches reçus en héros, Pierre Lemaitre compose la grande tragédie de cette génération perdue avec un talent et une maîtrise impressionnants.

Mon avis

Depuis pas mal d’années, je délaissais les prix littéraires après avoir été déçue par la lecture de quelques Goncourt très moyens. J’avoue que ce livre m’a donné envie de découvrir l’univers de son auteur -que je ne connaissais pas. Le fait que je me documente à outrance sur la première guerre mondiale a joué également pour beaucoup.

Les périodes tumultueuses de l’histoire ont toujours permis à de petits malins d’en profiter à outrance. C’est en partant de cela que l’auteur déroule sa pelote. Le roman débute sur les derniers jours du conflit. Des pages terribles de violence, d’injustice, de souffrance humaine. Envoyés à l’assaut par un gradé cynique en quête de gloire, à quelques jours de l’armistice, deux soldats se sauvent la vie mutuellement. L’un est blessé légèrement mais irrémédiablement traumatisé, l’autre est amputé de la moitié du visage. Ce double sauvetage va irrémédiablement lier leurs destins. Alors qu’ils n’avaient aucuns points communs (Albert Maillard était comptable avant guerre, Edouard Péricourt artiste peintre issu de la grande bourgeoisie), ils vont devenir frères de douleur, frères de combines et d’arnaque aux monuments aux morts.

Autre personnage de ce roman noir, le lieutenant Henri d’Aulnay-Pradelle. L’homme responsable des destins brisés d’Albert et Edouard, retors, manipulateur et avide d’argent. Celui par qui met au point l’escroquerie suprême : des exhumations militaires facturées à l’Etat et dont le seul but est de l’enrichir par un service premier prix.

Une écriture hyper efficace, qui glace dans les premiers chapitres, qui n’hésite pas à donner également dans l’humour noir, et qui imprime au roman un ton et une intensité redoutables. Une intrigue qui tient en haleine sur 576 pages et qui réserve des rebondissements jusqu’à la fin. Une excellente lecture qui m’a donné envie de découvrir les autres romans de Pierre Lemaître.

au revoir la-haut